Culture Éditrice 0 2022-08-07

FRANCE 5 – DIMANCHE 7 AOÛT À 22 H 40 – SÉRIE DOCUMENTAIRE

Ce numéro de la série « Une maison, un artiste » a eu la bonne idée de s’intéresser à la figure légendaire de Nadia Boulanger (1887-1979), « celle qui dicte l’enthousiasme et la rigueur », selon son ami Paul Valéry (1871-1945), et qui eut pour élèves de nombreux compositeurs aux esthétiques les plus diverses : Aaron Copland − son préféré −, Michel Legrand, Philip Glass, Quincy Jones, Astor Piazzolla… A la fin de sa vie, la pédagogue, qui fut aussi pianiste, organiste et l’une des premières cheffes d’orchestre à la carrière internationale, prend en charge (et en affection) le jeune Emile Naoumoff, pianiste bulgare de 8 ans à la prodigieuse maturité. Il est l’un de ses élèves qui témoignent au cours du documentaire.

Nadia Boulanger avait une aura extraordinaire, enseignait les strictes règles académiques mais ne jurait que par Stravinsky. Elle remettait sur les rails des compositeurs égarés, ouvrait des univers formateurs aux musiciens de culture populaire. Tous ses élèves n’étaient pas aussi doués à ses yeux, mais, ainsi que le rapporte Emile Naoumoff, « elle valorisait l’effort, le caractère, pas le talent ». Pieuse, austère (mais habillée par Jeanne Lanvin), proche de la haute société − on la surnommera « la petite sœur des riches », la musicienne était généreuse et attentive, faisant payer les élèves en fonction de leurs moyens, les logeant parfois à titre gracieux, les invitant le week-end aux Maisonnettes, la propriété familiale de Gargenville (Yvelines). C’est à cette demeure que s’intéresse ce numéro d’« Une maison, un artiste ».

Documents inédits

Evidemment, l’essentiel de la vie professionnelle quotidienne de Nadia Boulanger, là où elle donnait ses leçons, dont les fameuses du mercredi à 15 heures, là où se trouvait son orgue Cavaillé-Coll et là où elle habita, se tenait dans l’appartement au quatrième étage du 36, rue Ballu, dans le 9e arrondissement (actuellement 3, place Lili-et-Nadia-Boulanger). Malheureusement, le film de Laurence Lowenthal ne montre rien de ce lieu-clé, légué à l’Institut de France après la mort de Nadia Boulanger. Si le portrait de la musicienne et pédagogue est, dans l’ensemble, bien traité, on note, ici et là, un manque de rigueur documentaire et historique.

Ainsi, le compositeur et chef d’orchestre Leonard Bernstein (1918-1990), qui la connaissait depuis 1947, ne fut jamais son élève. Erreur encore, Nadia Boulanger n’a pas arrêté de composer en 1918 à la mort de sa sœur, la jeune compositrice superbement douée Lili Boulanger, et la pièce pour piano Vers la vie nouvelle, achevée dès 1915 (et non 1918 comme il est indiqué), n’est pas sa « toute dernière œuvre » : elle écrira six mélodies pour chant et piano en 1920.

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