La fashion week de Milan peut donner l’impression d’être tenue par d’indétrônables barons de la mode locale, tels que Prada, Armani ou Dolce & Gabbana. A l’ombre de ces grands noms qui font la gloire de la ville, une nouvelle génération de designers émerge. Les collections printemps-été 2026, présentées jusqu’au 29 septembre, en témoignent.
Francesco Murano, né en 1997 en Campanie, accumule les récompenses depuis six ans. Son dernier fait de gloire : avoir fait partie des huit finalistes du prix LVMH 2025. Son style vestimentaire est fortement imprégné de sa région natale, « le sud de l’Italie, peuplé de sculptures antiques grecques et romaines », résume-t-il. Inspiré par le travail de Madame Grès, de Madeleine Vionnet et d’Azzedine Alaïa, il drape à même le corps (ce qui est rare de nos jours) pour laisser la matière le guider. Sur ses silhouettes, quelques morceaux de cuir bien placés retiennent des pans de tissus fluides et transparents. Une proposition à la fois sensuelle et gracieuse qui force l’admiration.
Né en 1988, l’Indien Dhruv Kapoor s’est installé en 2011 à Milan, où il a étudié la mode et travaillé chez Etro. S’il est rentré à New Dehli pour lancer le label à son nom, il défile dans la capitale lombarde. Son style mélange habilement les deux cultures. A l’instar de cette collection où il réinterprète les pièces fondamentales du vestiaire indien, tels le gilet et la chemise-tunique ou la jupe évasée, avec un sens de la coupe et du volume tout transalpin. Broderies et imprimés inspirés de la céramique et de la poterie bleue de Jaipur s’intègrent sur du denim décontracté et des vestes flatteuses. Dhruv Kapoor impose son style métissé, tout en concevant des vêtements dotés d’un vrai potentiel commercial.
Grands manteaux légers
Chez Tod’s, Matteo Tamburini donne, depuis son arrivée en 2023, un vrai coup de jeune à la marque spécialiste du mocassin à picots. Cet Italien, né en 1982 dans la région des Marches, a grandi en observant sa mère fabriquer des costumes pour le théâtre et en admirant les créateurs de mode des années 1990, comme Miuccia Prada, Martin Margiela, Helmut Lang et Yohji Yamamoto. Formé notamment chez Bottega Veneta, où il a développé son amour pour l’artisanat, il imagine pour Tod’s une mode sophistiquée, mais qui ne le montre pas.
Cette collection, inspirée par les tableaux de Felice Casorati (1883-1963) et les clichés de Claude Nori (en particulier la série « L’Eté italien »), cherche à « retranscrire l’atmosphère suspendue de la fin de l’été ». Des pulls en maille fine qui glissent sur la peau et des grands manteaux légers pour se protéger du soleil ponctuent un vestiaire agrémenté d’expérimentations sur le cuir (tressé, perforé) ou sur les formes (le dos d’une robe entortillé). « A mes débuts chez Tod’s, j’étais très humble. Au fil du temps, j’ajoute des idées, je cherche à créer un langage. Je veux montrer qu’on a du plaisir à travailler », explique le designer. Certaines de ses tentatives sont plus réussies que d’autres, et l’ensemble est séduisant.
« Les photos de Kate Moss prises par Corinne Day au début des années 1990 ont été une autre source d’inspiration pour cette collection. Elles apportent une fraîcheur qui rompt tellement avec le glamour de la décennie précédente ! C’est cette sensation que je cherche à retrouver », explique Matteo Tamburini. A chaque génération ses références.












