Livre. Vivre dans un monde contaminé par la radioactivité. Reconstruire un quotidien quand celui d’avant n’est plus possible. C’est cette expérience que restitue Sophie Houdart dans un récit où l’on suit pas à pas les paysans de Towa, une petite ville agricole du département de Fukushima, au Japon.

Anthropologue, directrice de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative, l’autrice de Ce territoire qui, comme une pulsation (Les Editions des mondes à faire, 450 pages, 24 euros) raconte comment les faibles doses de radioactivité qui souillent les terres pour plusieurs générations ont transformé la vie des paysans.

Le livre se construit sur le récit des voyages successifs de la chercheuse au Japon après ce que l’on nomme là-bas « le grand séisme » ou « la grande catastrophe du Nord-Est ». Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9,1 frappe la côte pacifique, déclenche un tsunami dévastateur et provoque l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi. Trois réacteurs entrent en fusion et une contamination radioactive diffuse s’installe, durable et inégale.

Lire notre article de 2011 : Fukushima : que s’est-il passé il y a 11 ans ?

La ville de Towa, à 50 kilomètres de la centrale, n’est pas en zone interdite. Il n’y a pas d’ordre d’évacuation. Les paysans s’estiment d’ailleurs chanceux de n’avoir pas perdu leur terre natale ; même si la première année, toutes les cultures sont à détruire ; même si la consommation du shiitaké, ce champignon emblématique des sous-bois, n’est plus possible, comme celle des légumes et même d’une partie du riz.

Un « risque acceptable »

La catastrophe n’anéantit pas seulement un espace, elle affecte, écrit Sophie Houdart, « la trame du temps » en obligeant à recomposer un ordinaire qui fait place à la présence nouvelle de la radioactivité. Entre le « zéro risque » impossible, et le « risque certain » , se dessine un « risque acceptable » avec lequel il faut apprendre à vivre. Parce qu’à Towa, il y a « une impossibilité de pouvoir être inconscient », tout est passé au crible : le sol, l’eau, les plantes, les gestes. Très vite, un réseau d’agriculture biologique se met en place. Un lieu de sociabilité où l’on se forme à la mesure de la radioactivité, où l’on se rassure en tenant la rumeur à distance et où on réinvente un rapport à la terre.

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