La voix de Mohamed Tadjadit [militant connu pour ses poèmes engagés lors du mouvement de contestation algérien de 2019, le Hirak] ne s’éteindra pas, on ne fait pas taire le poète. Chantre du Hirak, Tadjadit est le symbole de cet élan démocratique d’une force exceptionnelle, qui a secoué l’ensemble de la société algérienne, il y a sept ans. Sept ans plus tard, il est également devenu le symbole de sa persécution. A l’instar de nombreuses figures de ce mouvement, ce jeune écrivain est en prison, condamné le 11 novembre 2025 à une peine de cinq ans d’incarcération, en raison d’un « soutien à des organisations terroristes » et de « propagation d’idées extrémistes ». Son crime ? Avoir mis les mots de la révolte dans la bouche des milliers de manifestants qui scandaient ses poèmes en 2019.
Mohamed Tadjadit n’est pas la seule victime d’un régime algérien qui n’en finit pas de s’enfoncer dans la noirceur de la dictature. Le mode opératoire est désormais bien rodé. Arrestations soudaines, souvent à l’aube, détentions provisoires prolongées, familles laissées sans nouvelles, chefs d’inculpation extensibles, farfelus : « offense au président », « atteinte à l’unité nationale », « apologie du terrorisme ». La procédure judiciaire devient une peine en soi, le tribunal n’est plus un rempart contre l’arbitraire, il en devient le vecteur et l’instrument de sa machine répressive. La justice est instrumentalisée.
Abla Guemari, une chercheuse du sud du pays, engagée dans le Hirak, mais aussi auprès des migrants subsahariens, victimes de nombreux abus en Algérie et en Tunisie, a été condamnée à deux ans de prison. Officiellement pour « insulte au président de la République et création d’un compte électronique destiné à promouvoir des idées ou des informations susceptibles d’inciter à la discrimination et à la haine au sein de la société ». Elle rejoint les près de 300 prisonniers d’opinion algériens jetés dans les geôles du pays.
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