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Antonio Vivaldi
Masques
Paul-Antoine Bénos-Djian (contre-ténor), Café Zimmermann, Pablo Valetti (violon et direction).

Utiliser les masques pour rendre compte des diverses facettes de la musique d’Antonio Vivaldi (1678-1741), magnifiquement illustrées par ce programme, est une arme de marketing à double tranchant. Elle se justifie par l’attachement du compositeur à Venise (Italie), sa ville natale, mais laisse aussi penser que le musicien se cache derrière chaque déclinaison d’un genre (opéra, concerto, motet) comme derrière une façade d’expression de circonstance. Or, l’art de Vivaldi – comme celui de Bach, qu’il égale souvent – repose en toute occasion sur la vérité (humaine) et non sur l’artifice (dogmatique). Il trouve ici une interprétation d’une extraordinaire plénitude dans le chant de Paul-Antoine Bénos-Djian (contre-ténor au timbre de velours et à l’agilité impressionnante), qui émeut dans des airs d’opéras connus (Orlando furioso) ou non (La verita in cimento, Motezuma) et dans les prestations des solistes des concertos (à l’instar de l’étourdissant flûtiste Karel Valter). Quant à Pablo Valetti, on peut dire sans forcer l’image, qu’il épouse la musique de Vivaldi dans un sens tant physique (au violon) que spirituel (à la direction du fabuleux Café Zimmermann). Pierre Gervasoni
Alpha Classics/Outhere Music.
Un projet qui tombe à pic au moment où Donald Trump ressuscite avec brutalité l’impérialisme états-unien dans sa chasse gardée continentale. En dépit de son titre fellinien, le guitariste helvète Louis Matute, né d’un père hondurien et d’une mère allemande, ne cède pas à la facilité d’un latin jazz « festif » avec ce cinquième album empli de fantômes, à travers le destin de son grand-père paternel. Ephémère ministre de l’économie, celui-ci avait fui la dictature du général Oswaldo Lopez Arellano (1921-2010), ce que rappelle, sur une débauche percussive, la trompette furieuse de Tegucigalpa 72. De même, le Santa Clara d’ouverture, sous ses airs de cumbia indolente, se réfère au massacre, en 1928, de grévistes colombiens employés dans les bananeraies de la tristement célèbre United Fruit Company. De ce douloureux héritage, Louis Matute fait une grande œuvre musicale en leader incisif et généreux de son Large Ensemble cuivré à souhait, dont les embardées latinos se teintent de funk et de psychédélisme. Bruno Lesprit
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