Détail d’une maquette du chasseur SCAF, au Salon international de l’aéronautique et de l’espace, à l’aéroport du Bourget (Seine-Saint-Denis), le 15 juin 2025.

Le système de combat aérien du futur (SCAF) traverse une zone de turbulences. C’est la raison pour laquelle le président français, Emmanuel Macron, et le chancelier allemand, Friedrich Merz, ont décidé, jeudi 19 mars, de tenter de réconcilier Airbus et Dassault, qui s’opposent sur ce projet emblématique de coopération dans la défense européenne.

« On a décidé ensemble de lancer une mission de rapprochement d’Airbus et de Dassault dans les semaines qui viennent (…) pour trouver justement les voies de convergence », a assuré le chef de l’Etat français lors du sommet européen à Bruxelles, assurant croire « beaucoup » à ce projet, jugé selon lui « pertinent » par les armées française et allemande.

Les deux dirigeants ont dîné en tête à tête, mercredi soir, dans la capitale belge, avant ce sommet. Alors que leur décision commune sur l’avenir de ce projet est attendue depuis la fin de 2025, ils ont décidé de temporiser une fois de plus, sans trancher. « Je crois beaucoup à ce projet. Je pense qu’il est pertinent stratégiquement » et « les armées française et allemande pensent qu’il est pertinent », a assuré M. Macron. Les industriels aussi, selon lui, mais « ils n’arrivent pas à s’entendre ». « Notre travail, c’est de faire en sorte qu’ils s’entendent » sur ce « cap » qui est « clair » et « fait consensus entre toutes les parties prenantes », a-t-il insisté.

« L’Allemagne et la France ont convenu d’une dernière tentative de médiation entre les industriels, qui sera menée par des experts, a déclaré un responsable allemand. En raison des décisions à venir concernant le budget fédéral, il ⁠faut aboutir à un résultat d’ici à la mi-avril. »

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Projet lancé par Emmanuel Macron et Angela Merkel

Le projet a été lancé en 2017 par Emmanuel Macron et la chancelière de l’époque, Angela Merkel ; l’Espagne l’a rejoint en 2019. Le budget de ce projet est estimé à près de 100 milliards d’euros, ce qui en fait le plus grand projet de coopération industrielle jamais lancé en Europe. Dassault, le constructeur du Rafale, représente la France tandis qu’Airbus représente l’Allemagne et l’Espagne.

Au début du mois de mars, Dassault a accusé Airbus de le torpiller au moment où les dirigeants français et allemand hésitent à trancher entre le maintien du projet en l’état ou l’option à deux avions. « Airbus ne veut plus travailler avec Dassault », a lancé Eric Trappier, le PDG de Dassault.

Le patron d’Airbus, Guillaume Faury, a pour la première fois ouvert la voie, le 19 février, à deux avions de combat « si les Etats l’exigent ». L’avionneur européen, qui a développé dans les années 1980 le chasseur Eurofighter avec le britannique BAE Systems et l’italien Leonardo, s’engage à « jouer un rôle de premier plan » dans une solution à deux avions. Une ambition de leadership que Dassault, fabricant des Rafale, rejette dans la configuration actuelle, s’estimant maître d’œuvre du projet et détenteur de tous les savoir-faire nécessaires pour concevoir un avion de combat « de A à Z ».

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Les Rafale se portent beaucoup mieux à l’export qu’Eurofighter compte tenu de leurs meilleures caractéristiques opérationnelles et de maintenance et, dans l’Eurofighter, c’est BAE Systems qui fournit les commandes de vol, ce qui est plus un point fort de Dassault, énumère à l’Agence France-Presse (AFP) un expert européen qui requiert l’anonymat. Autre point sensible : Dassault, dont les Rafale constituent un pilier de la dissuasion nucléaire française, rechigne à partager sa propriété intellectuelle avec ses partenaires.

Les plans actuels prévoient une flotte connectée numériquement de chasseurs et de drones de combat ​pour remplacer le Rafale de Dassault et l’Eurofighter à partir de 2040.

Le Monde avec AFP et Reuters

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