Même poste, même salaire. Personne à encadrer. Billy, 30 ans (toutes les personnes citées par leur prénom ont requis l’anonymat), vient de démissionner de son emploi de cheffe de projet dans le secteur médico-social à Paris pour une raison simple : en finir avec le management. Cette ancienne diplômée de l’Institut d’administration des entreprises de Lille encadrait une équipe de sept personnes dans un contexte professionnel exigeant, où les salaires sont faibles, les publics accompagnés en grande précarité, le manque de moyens chronique, et les manageurs très peu outillés. « Honnêtement, je suis épuisée de manager. Gérer les arrêts-maladies, les absences, faire remonter des indicateurs, animer des réunions, mobiliser les équipes, trouver des solutions pour améliorer leur quotidien… souvent au détriment du mien », décrit-elle.
Elle parle d’une « charge mentale énergivore » qui ne lui laisse plus le temps de réfléchir et de proposer des stratégies, ce pour quoi elle avait accepté le poste quand sa direction le lui a proposé, il y a deux ans. Et ce n’est pas le salaire qui aide à accepter le sacrifice. « Je gagnais à peine 200 euros de plus que mes collègues, soit 2 300 euros par mois pour plus de cinquante heures de travail par semaine, mais avec un niveau de stress bien supérieur. Cet argent, je le dépensais en séances de psy et d’ostéo pour tenir », raconte la jeune femme, après avoir répondu à un appel à témoignages du Monde.
Autour d’elle, Billy dit voir de plus en plus de profils similaires – diplômés, jeunes, engagés dans leur travail, mais lucides. « Ce n’est pas un manque d’ambition professionnelle, insiste-t-elle. C’est un refus de conditions de travail qui ne sont plus acceptables. » Les Américains, friands de nouveaux concepts liés au travail – quiet quitting (« démission silencieuse »), bore out (« ennui quotidien ») ou resenteeism (« ressentiment professionnel ») – ont créé un mot qui résume le désir ou, plutôt, l’absence de désir pour le management : le conscious unbossing. Une expression calquée sur le conscious uncoupling (« séparation consciente »), médiatisé par l’actrice Gwyneth Paltrow et le chanteur Chris Martin en 2014, lors de leur rupture en bons termes.
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