
Le groupe Prisma, numéro un de la presse magazine en France, a annoncé, lundi 30 mars, un plan de suppression de près de 40 % de ses effectifs afin de se « redimensionner », dans un contexte de crise des médias. La suppression de 261 postes est programmée, dont 16 sont actuellement vacants.
Par ailleurs, 34 postes doivent être modifiés. « Au total, la mise en œuvre du présent projet pourrait ainsi entraîner jusqu’à 279 licenciements pour motif économique au maximum sur les 650 postes au 31 janvier », selon un document transmis à l’Agence France-Presse (AFP) concernant ce groupe repris en main par des proches du milliardaire conservateur Vincent Bolloré il y a six mois.
Depuis septembre, le directeur des rédactions de Prisma Media est Serge Nedjar, également patron de la chaîne de télévision CNews, et le vice-président du groupe, Gérald-Brice Viret, est également directeur général de Canal+ France.
« C’est un vrai carnage », a réagi Emmanuel Vire, délégué syndical CGT du groupe. « Tous les salariés sont super choqués, c’est une mise à l’arrêt très brutale », a aussi déploré une déléguée CFDT.
La direction du groupe met en avant « la décroissance du print » (magazines imprimés) ainsi que celle du numérique, avec un recul des revenus de la publicité en ligne. « Prisma doit repenser et adapter son modèle par rapport à l’environnement » économique dans les médias et « aux grandes plateformes qui captent la valeur », a expliqué à l’AFP M. Viret. L’objectif est de « se redimensionner à 400-450 salariés ».
Il s’est exprimé en visio devant les salariés lundi après-midi, à l’issue d’une assemblée générale du personnel. « On va tenter de faire réduire le périmètre du plan », a déclaré un participant. Actuellement, quelque 90 postes de journalistes sont concernés, 37 au service Informatique, 6 à la comptabilité, tous les services étant touchés.
Une première réunion du comité social et économique (CSE) sur ce plan est programmée vendredi, ouvrant une période de quatre mois pour l’information-consultation.
Troisième vague de départs en deux ans
Prisma Media comprend de nombreux titres, comme Capital, Géo, Femme actuelle, Voici, Télé Loisirs et, depuis le début de décembre, Ici Paris et France Dimanche, rachetés à CMI France, contrôlé par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky.
Des déclinaisons et hors-séries vont s’arrêter, comme Géo Histoire, Ça m’intéresse Histoire et Femme Actuelle Jeux. En outre, le magazine Dr Good !, associé au médecin-animateur Michel Cymes, va s’arrêter, de même que le magazine Mini-Loup pour les 3-6 ans.
Prisma avait annoncé en décembre prévoir un tel plan de départs, mais qui devait alors toucher un tiers des salariés. Il s’agit de la troisième vague de départs en deux ans annoncée au sein du groupe, sous le contrôle du milliardaire conservateur depuis 2021.
« Prisma Media fera tout ce qui est en son pouvoir pour limiter l’incidence du plan sur l’emploi de ses collaborateurs et elle mobilisera les moyens du groupe Louis Hachette [propriétaire de Prisma] pour favoriser le reclassement des salariés dont le poste serait supprimé », est-il précisé dans le document provenant du groupe. « Il y aura une phase de volontariat » pour limiter les départs contraints, a précisé M. Viret, qui prévoit la mise en œuvre du plan à la fin de 2026.
Louis Hachette Group est né à la fin de 2024 de la scission de Vivendi, et est détenu à 30 % par M. Bolloré. L’activité du leader de la presse magazine en France s’est contractée de 10,2 %, à 266 millions d’euros en 2025. Il a déjà prévu de revendre à Vivendi ses publications sur le luxe et l’art de vivre, dont Harper’s Bazaar.
Le remaniement en septembre à la tête de Prisma, qui a suivi le départ de l’ancienne présidente Claire Léost pour le groupe CMA CGM, avait suscité des craintes d’interventionnisme dans les rédactions du groupe.
Une société des journalistes (SDJ) a ainsi été créée par les rédactions des magazines féminins du groupe Prisma pour s’opposer à une éventuelle « orientation » idéologique de ces titres. Un dispositif de clause de conscience, permettant de quitter un média avec des indemnités en cas de désaccord avec une ligne éditoriale, a été ouvert jusqu’à la fin d’avril au magazine économique Capital.


