Le 2 février 1977. Devant un feu ronflant dans la cheminée, Jimmy Carter, installé à la Maison Blanche depuis deux semaines, s’adresse à ses compatriotes. Le nouveau président des Etats-Unis est très inquiet de la situation énergétique. « Il faut voir la réalité en face : notre déficit énergétique est permanent. » Son pays produit alors de moins en moins de pétrole et souffre des prix du baril, qui ont quadruplé en 1973, lors du premier choc pétrolier. Il en appelle à la responsabilité de chacun : « La quantité d’énergie gaspillée, qui pourrait être économisée, est supérieure au total de l’énergie que nous importons des pays étrangers. » Pour lui, il est urgent que les Américains apprennent à vivre de façon « économe ». Pour renforcer le message, il porte un épais pull jaune plutôt qu’une veste.
Depuis cinq décennies, le monde vit au rythme des prix du pétrole. La flambée des cours observée depuis le début de la guerre américano-israélienne en Iran, le 28 février, rappelle, une fois encore, l’extrême dépendance de l’économie mondiale aux hydrocarbures. Comme il y a dix-huit ans, quarante-sept ans et cinquante-trois ans, une mécanique inflationniste similaire se met en place. A chaque choc, les promesses de se désintoxiquer de l’or noir se multiplient, avant d’être oubliées lorsque les prix retombent.
Quand Jimmy Carter prononce son discours de 1977, la consommation mondiale de pétrole était de 63 millions de barils par jour. Elle dépasse aujourd’hui 105 millions. Le mode de vie « économe » prôné par l’ancien président américain ne s’est jamais concrétisé. Car, aux chocs pétroliers de 1973, de 1979 et de 2008 ont succédé des contrechocs, avec de longues périodes d’effondrement des prix, suivant toujours la même logique.
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