Comment réduire de 2,9 millions de tonnes les émissions des transports, sans voitures électriques ? Comment réduire les coûts des déplacements domicile-travail, sans bouclier tarifaire ? Comment ajouter trente minutes de temps libre, sans réduire la durée du travail ? Et comment augmenter de 1 500 euros les revenus annuels de chaque salarié, sans augmenter les salaires ?
On trouve des éléments de réponse dans un travail étonnant mené par le socio-économiste Yoann Demoli, en partenariat avec le Forum vies mobiles. L’équipe de chercheurs a voulu mesurer le potentiel d’un projet défendu par ce think tank : le « mercato des postes ».
L’idée est la suivante : pourquoi ne pas permettre à des travailleurs ayant des emplois similaires de se rapprocher de leur lieu d’habitation respectif, en échangeant volontairement leurs postes ? L’idée est simple, évidente, élégante. Mais est-elle praticable ? Quel est son potentiel réel ? Combien de travailleurs pourraient être concernés ? Et combien de kilomètres s’épargneraient-ils ?
Pour répondre à ces questions, les chercheurs sont allés frapper à la porte du comité du secret statistique. Cette entité, dont le nom paraît tout droit sorti des Cités obscures, de François Schuiten et Benoît Peeters, protège les données de l’Institut national de la statistique et des études économiques. Car il faut à la fois assurer la confidentialité des déclarations pour augmenter la sincérité, et donc la fiabilité de la collecte statistique, mais aussi, au cas par cas, y donner accès à des fins scientifiques. Munis du précieux sésame, les chercheurs ont utilisé la base nationale « tous salariés » qui recense, pour plus de 30 millions d’actifs, l’intitulé du poste, le salaire, le lieu d’exercice, ainsi que le lieu d’habitation.
15 kilomètres gagnés à chaque trajet
La nomenclature des professions, subdivisée en 419 catégories, permet de s’assurer que les postes sont, a priori, échangeables : un charpentier n’est pas un menuisier. Ils ont ensuite fait tourner un algorithme avec des hypothèses conservatrices : seules les permutations une à une ont été prises en compte ; il ne s’agit donc pas d’un jeu de chaises musicales des postes. L’échange doit réduire nécessairement les distances pour les deux travailleurs. Enfin, les employés exerçant déjà dans leur commune de résidence ont été exclus par l’algorithme.
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