Le Rassemblement national et la question des élections municipales
A l’approche des élections municipales, dont le premier tour aura lieu le 15 mars, le président du RN, Jordan Bardella, l’a annoncé : il espère conquérir « des dizaines de villes », dont Marseille, Toulon, Nice et Nîmes.
Longtemps, très longtemps, le Front national (FN) s’est pourtant accommodé de son absence de légitimité territoriale. Ce parti, depuis sa fondation, en 1972, avait pour vocation de servir les ambitions d’un homme, Jean-Marie Le Pen. Pour lui, un seul scrutin importait, la présidentielle. Depuis 1962 et le référendum sur l’élection au suffrage universel du chef de l’Etat, l’ancien député poujadiste jugeait toute autre échéance marginale.
Pendant plusieurs décennies, négliger l’implantation locale du FN ne permet pas seulement à M. Le Pen de concentrer les moyens, financiers et humains, sur sa personne ; cela limite aussi le risque d’émergence de baronnies, loin de Paris, susceptibles de menacer son autorité sur le parti et sa ligne idéologique.
Si Jean-Marie Le Pen fait peu de cas du développement de ses fédérations locales et de la formation des cadres chargés de l’y représenter, le FN présente des listes à chaque scrutin. A partir des années 1980, les élections régionales offrent même au parti d’importants viviers d’élus : 133 conseillers régionaux en 1986, et jusqu’à 358 en 2015. Mais les défauts d’accompagnement et de structuration ont limité leur pouvoir de conquête. Les fréquentes saillies racistes et antisémites du président du parti n’encouragent pas, par ailleurs, les notables locaux à s’engager, sans promesse de succès.
S’agissant de l’élection étalon de l’ancrage territorial, les municipales, le FN attendra 1995 pour remporter trois communes dans le Sud-Est, sa principale zone de force, sensible à l’obsession identitaire du « Front » et soucieuse de sanctionner un milieu politique local gangrené par l’affairisme : Toulon, Orange (Vaucluse), Marignane (Bouches-du-Rhône). Vitrolles (Bouches-du-Rhône) suivra deux ans plus tard à la faveur d’une élection partielle.
Si vous vous voulez en savoir plus à ce sujet, je vous renvoie aux cinq épisodes de notre série sur les ambitions contrariées du Rassemblement national.


