Nicolas Di Felice, à New York, en 2024.

Les jours qui suivent la fin d’une fashion week sont le moment favori des marques de luxe pour annoncer leur rupture avec leur directeur artistique. Depuis que les défilés de la saison automne-hiver 2026-2027 se sont terminés le 10 mars à Paris, trois maisons ont perpétué cette tradition : Harris Reed a quitté Nina Ricci le 11 mars, Marco De Vincenzo est parti de chez Etro le 12 mars. Et ce 24 mars, c’est au tour de Nicolas Di Felice de tourner la page Courrèges.

Les deux premières annonces n’ont pas beaucoup surpris, car Harris Reed comme Marco De Vincenzo n’ont jamais vraiment réussi à relancer leurs labels respectifs. En revanche, Nicolas Di Felice jouissait chez Courrèges d’un prestige toujours intact depuis son arrivée dans la maison en septembre 2020. Son dernier show à la fashion week de Paris, présenté le 4 mars, démontrait sa capacité à proposer une garde-robe sophistiquée et portable, toujours riche en références aux archives d’André Courrèges, notamment dans l’usage des formes géométriques et du blanc.

« On traverse une période où il y a tellement de maisons qui se relancent et veulent attirer l’attention sur elles, parler de leur patrimoine. Nous, on a des archives incroyables et je ne veux pas les résumer à la robe trapèze », expliquait le Belge de 42 ans en coulisses après le show, alors que ses équipes apportaient un gâteau géant pour fêter ses cinq années au sein de la maison.

Une dose de sensualité

Sa réussite, c’est d’avoir fait de Courrèges une marque dans l’air du temps en puisant dans le passé de la maison phare des années 1960. A son arrivée, Nicolas Di Felice a remis en place le logo originel qui avait été modifié par ses prédécesseurs. Il a réédité une série de modèles emblématiques, tels que les combinaisons seconde peau, les tee-shirts en maille côtelée ou les célèbres vêtements en vinyle, désormais taillés dans des matériaux écoresponsables (coton et polyuréthane bio).

Il est aussi resté fidèle à l’obsession d’André Courrèges pour le corps féminin libéré – à la fois non entravé dans ses mouvements, mais aussi libre de ne pas se couvrir. Inspiré par l’univers du clubbing, Nicolas Di Felice a insufflé au vestiaire une dose de sensualité, jouant avec les découpes et les fentes pour dévoiler le corps sans renoncer à la pureté des formes ni au graphisme de la silhouette.

« Les actionnaires m’ont laissé vraiment très libre, c’est une chance que j’ai eue et c’est, je crois, l’une des clés de cette réussite », expliquait-il au Monde en septembre 2024. Depuis 2018, Courrèges appartient à Artémis, la holding de la famille Pinault. « Je souhaite exprimer toute ma gratitude au groupe et tout particulièrement à François Pinault et François-Henri Pinault pour leur confiance, ainsi qu’aux équipes et amis, dont le talent et l’engagement ont rendu cette aventure humaine et créative si précieuse », a fait savoir le designer dans le communiqué de presse annonçant son départ.

Il y est aussi précisé que Courrèges annoncera l’arrivée d’un nouveau directeur artistique le 31 mars. Et que Nicolas Di Felice quitte ses fonctions « afin de se consacrer à d’autres projets personnels ». Sur le marché de la mode, outre Nina Ricci et Etro, Alaïa n’a pas encore annoncé de nouveau designer.

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