Quelles sont les difficultés d’un maire ? Comment s’occupe-t-on d’une commune ? A deux jours du premier tour des élections municipales, prévu dimanche 15 mars, où tous sont candidats à leur réélection, trois maires ont accepté de se prêter à l’exercice du tchat pour vous parler de leur quotidien d’élu. Sollicitations incessantes, charge de travail, équilibre de vie…

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Philippe Rio (Parti communiste français), maire de Grigny (Essonne) depuis 2012, Dylan Demarche (Les Républicains), maire de Vellexon-Queutrey-et-Vaudey (Haute-Saône) depuis 2020, ainsi que Claire Masson (Les Ecologistes), maire d’Auray (Morbihan) depuis 2020, ont répondu à vos questions.

Alex : A quoi ressemble une journée type en tant que maire dans votre commune ?

Philippe Rio, maire de Grigny (Parti communiste français) : Il n’y a pas de journée type. Des réunions techniques, administratives, budgétaires ou encore de ressources humaines sur divers sujets et le quotidien avec son lot de « mauvaises » surprises : incendies, accidents de voitures, violences diverses et aussi de belles rencontres humaines… Et comme Grigny est engagé dans des projets d’intérêts nationaux, beaucoup de rencontres de travail en préfecture et à Paris.

Dylan Demarche, maire de Vellexon-Queutrey-et-Vaudey (Les Républicains) : De mon côté, je consacre les quatre premiers jours de la semaine à mon activité professionnelle. Les soirées sont très souvent consacrées à des réunions à la fois de travail mais aussi des rendez-vous et des réunions d’instance (conseil communautaire, commissions…). Parfois, je fixe aussi des rendez-vous le matin aux alentours de 7 heures, mais c’est assez à la marge. Les vendredis, la journée type consiste plutôt en des rendez-vous le matin et une permanence en mairie l’après-midi avec des points, temps d’échange avec la secrétaire de mairie, mon adjointe, la directrice de l’accueil de loisirs et, à 18 heures ou 19 heures, une réunion de travail ou un temps d’échange avec les élus.

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Claire Masson, maire d’Auray (Les Ecologistes) : Je fais entre cinq et six réunions par jour. Je passe par exemple d’une réunion en tant que vice-présidente aux déchets à la communauté de communes à une réunion sur les violences intrafamiliales avec la gendarmerie, à une réunion sur la végétalisation d’une cour d’école… Il n’y a pas deux journées semblables.

Julien12 : Est-ce que vous trouvez ça difficile de traiter plein de sujets différents (sports, culture, transports etc.). Comment est-ce que vous vous organisez ?

Dylan Demarche : La diversité des sujets dans les communes et dans les collectivités d’une manière générale est justement ce qui est le plus intéressant. La commune dont je suis le maire exerce une multitude de compétences : scolaire, périscolaire, eau, assainissement… Cela représente une véritable charge de travail, mais en étant entouré et en se partageant les missions avec les différents élus, cela permet de travailler efficacement. Aussi, parfois il est intéressant d’avoir une approche transversale sur certains sujets. Par exemple, avec le conseil municipal, nous avons mis en lien la question de l’action sociale en faveur des aînés avec la restauration scolaire : les anciens peuvent venir déjeuner un jour par semaine à la cantine. Le lien intergénérationnel est très intéressant.

Claire Masson : C’est compliqué d’être au point sur tous les sujets, cela demande énormément de travail, mais c’est passionnant. Je me fais le plus souvent possible assister d’un élu – adjoint ou conseiller délégué – concerné par le sujet. Et puis les services sont souvent présents et préparent les dossiers sous l’impulsion des adjoints. Mon rôle, c’est d’être garante des choix politiques de la majorité.

Philippe Rio : C’est passionnant, au contraire. Etre maire est un travail collectif, avec collègues élus, cadres, agents et partenaires divers, nous sommes toujours entourés de spécialistes aux compétences affirmées de grande qualité. Une ville est un écosystème complexe avec, pour prendre une métaphore médicale, un généraliste et des spécialistes. L’important, c’est l’orientation politique validée politiquement avec sa majorité municipale. La définir, construire la politique publique, la faire appliquer et, bien sûr, l’évaluer.

Dodz : Vous considérez-vous comme les élus de la République les plus exposés aux préoccupations quotidiennes et concrètes des Françaises et Français ?

Claire Masson : Oui, je crois, mais il reste quand même une forme de respect du maire. Je n’ai quasiment jamais été agressée verbalement pendant le mandat. J’ai eu beaucoup d’interpellations au quotidien, dans la rue ou dans les permanences, sur les problèmes concrets des habitants, mais quasiment jamais avec de l’agressivité. J’ai eu énormément de remerciements, et c’est encourageant pour continuer.

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Philippe Rio : Evidemment et très clairement, oui ! Un maire et son équipe pensent à la ville de demain et agissent au quotidien. Nous « jouons » avec le temps (de l’urgence au moyen et long terme) et l’espace (du trottoir, la rue, le quartier, la ville et même l’intercommunalité et le département) de manière permanente. Le maire est l’élu de proximité avec une grande cote de confiance. 78 % des Français font confiance aux maires et 20 % au président de la République et quasiment la même chose envers les députés.

Dylan Demarche : Je suis élu dans une commune rurale et la mairie reste l’un des derniers services publics accessibles. Nous sommes la porte d’entrée sur l’ensemble des sujets : par exemple sur des interrogations sur des impôts fonciers, sur les aides pour la rénovation et l’amélioration de l’habitat. Au-delà de ces exemples, le maire est un acteur des préoccupations quotidiennes : déchets, eau potable… On voit très concrètement sur le terrain le fruit de notre travail.

Lise T : On entend plus parler de l’épuisement des maires récemment, pensez-vous que c’est dû à une libération de la parole sur ce sujet ou à une plus grande difficulté de la fonction ? L’avez-vous vécu ?

Claire Masson : Oui, il y a des moments d’épuisement intellectuel et physique, par le nombre de réunions et certains sujets qui peuvent être brûlants. Il y a peut-être plus de tensions entre les gens, des problèmes de voisinage, plus de problèmes psychiques à gérer, plus d’agressivité. Et aussi des gens qui veulent tout, tout de suite, pour eux, plus d’égoïsme. Cela ne concerne pas tout le monde, loin de là, mais c’est compliqué à gérer.

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Philippe Rio : Il y a toujours plusieurs facteurs explicatifs : la société se brutalise, les égoïsmes prennent plus de place face à l’intérêt général et les réseaux sociaux ont participé à libérer des paroles violentes. 2020-2026 a été un mandat de crise : Covid, énergie, austérité. Je ne sais pas si les choses se complexifient administrativement, mais je sais que nous avons moins de moyens pour agir et que cela retarde, voire empêche, la résolution de projets concrets. J’ai été pendant six mois accompagné par la police dans mes déplacements à la suite de l’agression d’un cadre municipal. J’ai déjà porté trois fois plaintes après des menaces.

Dylan Demarche : Je pense que c’est un sujet qui concerne l’ensemble des secteurs d’activité. beaucoup de personnes souffrent au travail, l’on parle beaucoup de burn-out. Un élu qui rencontrerait de telles difficultés est tenté de « lâcher » ses fonctions pour se recentrer sur l’essentiel. Derrière ces problématiques il y a l’air du temps : de l’immédiateté toujours attendue. Cela implique un peu de tempérament pour résister, je pense. De mon côté, je vis les choses très bien. Je n’ai pas suffisamment de recul pour dire si c’est mieux aujourd’hui qu’hier. J’ai peut-être aussi la chance d’avoir des habitants conscients de l’investissement que ma fonction demande et que tout ne peut pas se régler en un claquement de doigts…

Merci : Comment on se forme à devenir maire ? C’est quelque chose qui s’apprend seulement sur le terrain ?

Dylan Demarche : Le meilleur apprentissage est celui du terrain, ce n’est pas mission impossible. Je me souviens avoir fermé à clé la porte de la mairie le soir de mon élection, je n’y connaissais rien et j’ai tout découvert sur le tas !

Philippe Rio : Le terrain est indispensable mais insuffisant. Il faut, quel que soit le parcours de vie, du travail, de l’écoute et de l’humilité. Gérer une collectivité d’un territoire est un exercice ardu mais passionnant dans un monde en mutation. Toutes ces mutations se localisent dans les communes et il faut accompagner, créer des alternatives ou résister à ces mutations : dérèglement climatique aux conséquences multiples selon ses caractéristiques, pouvoir d’achat, violences sexuelles et sexistes, évolution des normes par la loi et les règlements, etc.

La formation des élus est un droit et une priorité pour tous les élus à user sans modération. Les crédits de formation des élus sont des dépenses obligatoires des communes trop souvent très peu utilisés par les élus faute d’information et de temps. Il y a même obligations de faire des formations de début de mandat, notamment sur les sujets de budget. Je me forme et je forme un peu d’ailleurs, je m’inspire d’expérience.

Claire Masson : Je vais beaucoup aux formations du parti politique auquel j’appartiens et je ne manque aucune occasion de participer aux rencontres du réseau Bruded, un réseau de formation et d’information entre communes rurales de Bretagne. J’ai aussi souhaité mettre en relation six communes bretonnes de même strate et de gauche, avec qui nous travaillons régulièrement, ce qui a aussi permis un travail entre nos services. Pendant notre campagne de 2020, nous avions mis en place des formations entre nous sur l’urbanisme, les finances, etc. Il existe aussi l’Association des maires de France, et le congrès annuel, auquel je participe avec quelques élus majoritaires. Mais quand nous avons été élus en 2020, la formation institutionnelle par la préfecture n’a pas pu se faire autrement qu’en visio pendant le Covid. On apprend aussi beaucoup « sur le tas », effectivement, et par les retours d’expérience d’autres communes.

Laura : Comment arrivez-vous à concilier vie professionnelle et vie personnelle ? Avec les journées à rallonge et j’imagine que vous êtes aussi sollicités dans la rue, quand vous êtes au restaurant etc. D’autant plus pour les deux villes plus petites ?

Dylan Demarche : C’est un choix de vie. On est maire à temps plein et il faut accepter que l’on vous interpelle lorsque vous vous promenez le dimanche sur un sujet X ou Y. Je le vis très bien et je pense que si l’on n’aime pas cela, ça peut vite devenir compliqué. Je suis attaché au fait de rester accessible à tout un chacun. Pour ce qui est de la conciliation entre la vie pro et la vie d’élu, effectivement cela conduit à des journées à rallonge, d’autant que je veille à séparer les deux : quand je suis au travail, je suis au travail et le reste du temps je suis l’élu local.

Claire Masson : J’avoue que je n’y arrive pas… C’est compliqué de prendre des vacances et je n’ai même pas de week-end. Cela a entraîné mon choix de ne pas me représenter comme vice-présidente de l’interco [intercommunalité] pour le prochain mandat. Quand je suis toute seule, les sollicitations dans la rue ne me dérangent pas, mais quand je suis en famille ou avec des amis, c’est plus délicat à gérer, pour ne pas les mettre de côté.

Philippe Rio : Grigny est une ville intermédiaire (30 000 habitants) qui est le point d’équilibre entre la petite ville et la grande ville, ainsi les rapports de proximité sont bien concrets. Et comme j’y habite depuis mes 6 mois, que j’ai fait toute ma scolarité, du foot, j’ai appris à nager à la piscine, je suis allé en centre de loisirs et colonies de vacances et même travailler sur le marché… Naturellement on connaît un peu de monde. Aller chercher sa baguette, aller à la pharmacie ou même dans l’ascenseur, il y a toujours cette phrase culte. « Monsieur le maire, je sais que ce n’est pas le moment mais je vous prends deux minutes. » Un choix de vie qui se passe toujours bien en fait.

Julien : Comment prenez-vous en compte les élus d’opposition dans votre commune ? En regardant les conseils municipaux chez moi, j’ai l’impression qu’ils sont méprisés… ça se voit aussi sur les bulletins municipaux où on leur donne une simple page d’expression bien moins jolie que le reste du bulletin !

Dylan Demarche : Nous avions eu deux listes en 2020. Néanmoins, cela n’a jamais posé de problèmes ou entravé les échanges. Les projets nous ont rassemblés et le bon sens fait beaucoup. Sur certains sujets au sein même des élus de ma liste, nous n’étions pas d’accord sur tout mais on échange et chacun apporte ses éléments et sa lecture des situations. C’est comme ça que l’on avance. D’ailleurs, pour les élections municipales de 2026 il n’y a plus qu’une liste.

Philippe Rio : Les droits des oppositions sont réglementés et la loi oblige les majorités à les respecter. J’ai connu des oppositions constructives et d’autres pas du tout, donc je gère différemment selon l’état d’esprit. En matière de communication, les réseaux sociaux ouvrent de nouveaux espaces de libre expression et l’activité militante est aussi de la liberté de conscience.

Claire Masson : Nous leur avons donné la vice-présidence de la commission finances (à la place d’un adjoint), ce qui correspondait à une préconisation de l’association Anticor, ce qui leur donne un accès facilité à toute l’information financière. Nous avons aussi créé des groupes de travail en plus des commissions officielles sur de nombreuses thématiques de notre programme. Ils y ont été invités mais ont fait le choix de ne participer qu’à deux d’entre elles. Il y a aussi un travail invisible pour la population dans les commissions, qui se passe globalement bien, entre élus majoritaires et minoritaires, avec les services et parfois des associations. Mais il est vrai qu’au moment du conseil municipal, ils font parfois le choix d’une opposition plus vindicative. Sur le bulletin municipal, il est vrai qu’ils ont une place limitée.

Bon courage aux élus : Quelle est la tâche la plus difficile en tant que maire ? Celle qui vous pèse le plus ?

Philippe Rio : La charge mentale de certaines journées où les galères s’enchaînent. La rencontre des familles après des incidents graves (rixes, morts, blessés graves) ou encore ou lors d’émeutes. Nous continuons d’accompagner les familles dans l’intimité. Il y a aussi les départs soudains d’agents et de responsables associatifs.

Dylan Demarche : A mon sens, c’est de gérer les problématiques liées au conflit de voisinage. Très souvent j’interviens en opérant une sorte de médiation. Ce n’est pas très intéressant, mais ça permet de régler des situations difficiles et souvent cela permet de régler des sujets là où en fait il faut réintroduire le dialogue entre deux personnes…

Claire Masson : Le pire pour moi, c’est me déplacer sur une astreinte où il y a un mort. Je trouve ça très stressant, par rapport à la famille notamment. La deuxième chose, c’est quand j’ai été menacée sur un site d’extrême droite, c’est quelque chose que je trouve anormal et violent.

Charlotte : Ce qui m’intéresse moi, c’est de savoir comment vous allez ? On lit partout que les maires ont la vie dure, et que le système et les manques de moyens attaquent les convictions, au point parfois de ne plus vouloir s’investir pour sa ville et ses administrés. Avez-vous encore de la force ? De l’espoir ?

Dylan Demarche : Moi, je suis un maire heureux. Tout n’est pas simple pour nous mais tout n’est pas simple pour beaucoup, il suffit de regarder, par exemple, dans le milieu associatif… Il nous appartient de faire au mieux avec ce que nous avons ou cherchons à avoir (je parle des subventions !) : là où il y a une volonté, il y a un chemin !

Claire Masson : Le manque de moyens financiers, avec l’arrêt de la taxe d’habitation, la diminution drastique du fond vert, les difficultés financières des régions et des départements, qui doivent suppléer à la dette de l’Etat… Tout cela nous pose un vrai problème de budget, pour le fonctionnement ou l’investissement. Et ça, c’est démotivant de voir que nous allons avoir du mal à assumer des évolutions indispensables face aux problèmes climatiques et sociaux. Mais, a contrario, il suffit parfois de peu de choses pour créer du lien, ou créer une atmosphère festive, avec des concerts gratuits et des animations dans le domaine public. Assister à un concert des CM2 de l’école du quartier prioritaire à la Fête de la musique ou aux vœux du maire, c’est un vrai rayon de soleil et une vraie fierté pour moi, pour les enfants, les familles et les enseignants concernés.

Philippe Rio : Je suis un maire heureux dans un environnement plus complexe, mais comme toutes les Françaises et les Français. Ça donne du sens indéniablement. Porter l’intérêt général local est un devoir également enrichissant. Si nous sommes à porter de baffes et d’engueulades nous sommes aussi à portée de bisous, de rires et même des fous rires, d’encouragement et de beaux moments que la vie en commun nous réserve. En 2026 encore près de 1 million de candidates et candidats aux élections municipales. Inventer, innover, avancer collectivement, c’est enthousiasmant aussi et épanouissant.

Femmesaupouvoir : Claire Masson, malgré la parité demandée sur les listes, les femmes maires restent très minoritaires, pensez-vous qu’être UNE maire a changé votre quotidien d’élue ? Comment ?

Claire Masson : Je pense qu’il y a plusieurs choses qui jouent dans le fait d’être une femme. Le fait que, souvent, les femmes se sentent moins légitimes que les hommes et doivent se montrer très performantes pour être reconnues. C’est à la fois un sentiment personnel, de la part des femmes elles-mêmes, mais aussi dans le regard des interlocuteurs. On se fait plus facilement couper la parole, et notre apparence entraîne plus de remarques (vêtements, coiffure, maquillage). J’ai l’impression que c’est plus difficile pour une femme d’être prise au sérieux, d’autant plus une femme écologiste. Le procès en incompétence est vite arrivé, en particulier sur les réseaux sociaux.

Philippe Rio : A Grigny, la direction générale des services (DGS) est majoritairement féminine. La DGS est une femme depuis 2014, et plus de 60 % du personnel est féminin.

Ben43 : On parle souvent de désengagement citoyen, avec une moindre participation aux élections, mais d’une très forte recevabilité des élus, parfois de manière très véhémente. Que peut faire un maire pour recréer une participation citoyenne collective ?

Claire Masson : Le fait que nous soyons une liste citoyenne, avec des habitants non encartés, non professionnels de la politique et en contact direct avec les milieux associatifs, c’est déjà une ouverture intéressante. Le fait de mettre en place un budget participatif ou d’ouvrir des groupes de travail aux habitants sont aussi des choses indispensables pour moi. Nous n’avons pas été assez loin sur le mandat sur ce sujet-là. Cela demande à changer des habitudes et beaucoup de temps d’organisation. Nous avons également testé les marches exploratoires avec des habitants sur différents quartiers, mais on ne peut pas accéder à toutes les demandes, et la somme des intérêts individuels ne fait pas l’intérêt collectif, ce n’est pas toujours facile à faire comprendre.

Philippe Rio : Il faudrait quatre heures et une dissertation de plusieurs pages. Plus sérieusement, dans un monde de l’égoïsme et de l’individualisme, c’est notre seule boussole en réalité. La société civile et le monde associatif (d’ailleurs) en crise sont des acteurs avec qui nous devons créer de nouvelles alliances. De même avec le tissu économique et commerçant. Selon l’Ifop et son enquête Fraternité, nos concitoyens classent − après la famille − l’association, l’entreprise et la commune comme les espaces préférés de fraternité/sororité. L’équipe municipale est au cœur de ces enjeux. Par exemple, le mouvement sportif et le monde culturel ont la commune comme premiers financeurs publics.

Clown98800 : Qu’est-ce qui vous surprend le plus dans la réalité du métier de maire/la gestion d’une agglomération par rapport à ce que vous imaginiez avant d’être élu ?

Dylan Demarche : Je ne suis pas élu d’une agglomération pour ma part. Mais d’une manière générale, je m’attendais à un peu moins d’administratif au quotidien…

Claire Masson : C’est le poids et le pouvoir que nous avons. Le maire a beaucoup de pouvoir pour faire changer sa ville, à la fois sur l’urbanisation mais aussi sur le bien-être des gens. Pouvoir par exemple refaire un complexe sportif avec une structure en bois, des matériaux biosourcés, du chauffage en énergie renouvelable, un stockage d’eau pluvial, des panneaux photovoltaïques… et du coup créer un tel bien-être que cela change l’ambiance dans le bâtiment, l’envie de faire du sport, les relations entre les gens à l’intérieur… Cela crée aussi de nouvelles envies, avec des propositions de la part de clubs de faire du soutien scolaire.

Mais aussi pouvoir utiliser ces bâtiments en cas d’inondation ou de problème grave, de manière à pouvoir reloger des gens… Le bâtiment peut avoir plusieurs fonctions, quelles que soient les conditions extérieures, car il est quasiment autonome sur le plan énergétique. Donc on peut changer totalement le quotidien des habitants, également en matière de lutte contre l’isolement, en accueillant par exemple des personnes âgées pour le repas du midi dans des locaux municipaux. Nous avons acheté une ferme maraîchère bio, qui permet d’alimenter les cuisines du foyer-logement, de la crèche et bientôt des écoles primaires. Avec de la conviction et de l’envie, un maire et son équipe peuvent changer la vie des habitants.

Le Monde

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