A l’Assemblée nationale, les députés du Rassemblement national (RN) et de l’Union des droits (UDR) avant le vote de deux motions de censure contre le gouvernement français, déposées par La France insoumise (LFI) et le RN, à Paris, le 16 octobre 2025.

Nicolas Lebourg est historien et politiste (Cepel, université de Montpellier), il travaille sur les extrêmes droites, sous leurs formes populistes comme radicales, transnationales comme locales. Il a récemment cosigné, avec Olivier Schmitt, Paris-Moscou. Un siècle d’extrême droite (Seuil, 2024) et Perpignan, déclassement et droitisation (Trabucaire, 2026) avec David Giband et Dominique Sistach.

Baptiste Roger-Lacan est docteur en histoire, il est spécialiste de l’histoire des imaginaires contre-révolutionnaires. Il a publié Le Roi. Une autre histoire de la droite (Passés composés, 2025) et il a dirigé une Nouvelle histoire de l’extrême droite (Seuil, 2025).

Selon vous, après les réquisitions au procès en appel des assistants du Front national (FN), l’avenir politique de Marine Le Pen s’obscurcit-il ?

Nicolas Lebourg : Le Rassemblement national (RN) est arrivé à faire l’impossible : avoir deux figures du chef. Dans un parti où traditionnellement le numéro un tuait le numéro deux, Jordan Bardella est même parvenu à dépasser Marine Le Pen dans les bonnes opinions enregistrées par les sondages. La sortie du livre de Marion Maréchal, et son titre qui la repositionne dans la dynastie, « Si tu te sens Le Pen » (Fayard), laisse penser qu’il peut y avoir des résistances à la transmission du patrimoine d’un clan à un autre. Comme quoi, chez les Le Pen, ce qui jette une ombre est utilisé pour se placer sous les projecteurs. Marine Le Pen aura 63 ans en 2032. Ce n’est pas impossible, mais le dernier président élu à plus de 60 ans c’était Jacques Chirac…

Baptiste Roger-Lacan : Les réquisitions semblent confirmer l’impression laissée par l’ensemble du procès en appel : sans qu’il soit possible de l’affirmer absolument, il apparaît bien que l’issue du procès ne sera pas favorable à Marine Le Pen. Si sa peine d’inéligibilité devait être confirmée, cela obscurcirait évidemment son avenir politique, mais il semble qu’au sein du RN l’empêchement de Marine Le Pen soit aussi perçu comme un moyen de renforcer le discours victimaire du parti, présenté comme un martyr de juges animés par des motivations idéologiques. Ces attaques contre la justice, récurrentes à l’extrême droite en Europe, sont perçues comme un moyen de capter les aspirations à une forme de suppression radicale des intermédiaires, sur lesquelles s’appuient ces partis.

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