A Clermont-Ferrand, le basculement à droite vécu comme un « tremblement de terre »
Qu’ils soient « déçus » ou « satisfaits », les Clermontois ont tous été surpris par la large victoire de Julien Bony (LR) sur le maire (PS) Olivier Bianchi, qui reflète la nouvelle implantation de la droite sur le territoire auvergnat.
« Plus qu’une surprise, c’est un tremblement de terre qui a des répercussions jusqu’au niveau national », estime auprès de l’Agence France-Presse (AFP) le sénateur (LR) du Puy-de-Dôme Jean-Marc Boyer au lendemain du triomphe de son camp. Si la victoire semblait à portée de main depuis l’arrivée – inédite en huit décennies – de la droite en tête au premier tour, c’est surtout le score qui étonne : « avec plus de 2 000 voix d’avance, Julien Bony fait mieux que Valéry Giscard d’Estaing en 1995 auquel il avait manqué 500 voix pour être élu », relève M. Boyer.
Au second tour, le candidat Les Républicains a devancé son rival socialiste avec plus de cinq points d’avance (51 % contre 45,5 %) alors que M. Bianchi avait noué une alliance avec LFI. Six ans plus tôt, le socialiste était – seul – 12 points devant le candidat de la droite et du centre.
Si les socialistes dirigent la ville depuis la Libération, l’érosion de la gauche à Clermont-Ferrand n’est pas totalement nouvelle, explique Mathias Bernard, politologue et président de l’université Clermont Auvergne. Elle est liée à « l’évolution sociologique de la ville » : son électorat d’origine ouvrière rattaché à l’implantation de Michelin s’est « rétracté avec la désindustrialisation », dit-il.
« La gauche avait bénéficié jusqu’ici des divisions de la droite et du centre », avance-t-il aussi. Or, le nouvel élu a réussi à réunir dès le premier tour LR, Horizons, le MoDem et Renaissance, une coalition de la droite et du centre jamais vu depuis la candidature de Valéry Giscard d’Estaing. Le RN, qui avait réalisé un score de 11,29 % au premier tour, s’est effondré à 3,64 % au second, laissant supposer un report des voix à droite.
« Il y a plus globalement une poussée de la droite dans le Puy-de-Dôme », car, au-delà de la capitale auvergnate, plusieurs villes du département sont tombées dans son escarcelle, analyse M. Bernard. C’est le cas à Cournon-d’Auvergne, deuxième ville du département ancrée à gauche depuis 1989, mais aussi à Thiers, bastion de la gauche ouvrière, qui a élu un maire de droite.


