Selon une étude publiée en janvier 2024 par la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) et la GEMA, son équivalent allemand, 71 % des créateurs de musique considéraient que l’intelligence artificielle (IA) constituait une menace pour leur avenir en les privant de leurs revenus, les deux organismes estimant que ceux-ci pourraient diminuer de 27 % à l’horizon 2028. Dans ce contexte inquiétant, il est un secteur méconnu de la production musicale qui semble, a priori, plus exposé que d’autres à l’irruption de l’IA : l’illustration sonore de films ou de programmes audiovisuels, désignée en anglais sous les vocables de music library ou de production music.
Le compositeur Julien Jaouen en a fait l’amère expérience quand un producteur de documentaires belge lui a proposé une somme dérisoire pour ce travail. Faute de quoi, ce serait l’IA. Le musicien a décliné l’offre mais l’épisode ne l’a pas incité à l’optimisme. « Ce n’est pas une concurrence déloyale, c’est une atomisation, constate-t-il. Un titre de musique à l’image coûtera facilement dix fois moins cher en utilisant l’IA. »
Selon lui, ce n’est en effet pas seulement le compositeur, mais toute une chaîne qui est menacée. « Mon métier consiste aussi à embaucher du monde », explique-t-il en prenant l’exemple d’un orchestre de cordes. Celui-ci aussi peut désormais « être remplacé par de l’IA, dont l’arrivée est comparable à celle des banques orchestrales qui proposaient de vrais sons de violons ; sauf qu’il fallait du temps pour en maîtriser la technique et connaître l’orchestration ».
Toute une chaîne menacée
Julien Jaouen a, en revanche, accepté de travailler sur une publicité pour une marque de chocolat. Avec une modification substantielle de son travail : « La base de la création musicale a été faite en IA au sein de l’agence et on m’a demandé de l’arranger. Je suis bien crédité comme compositeur mais le tarif a été divisé par quatre. » L’évolution de son rôle est comparable à celle que connaissent aujourd’hui les traducteurs quand il leur est demandé de repasser derrière une transposition automatisée.
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