Jack Dorsey, cofondateur de Twitter (depuis devenu X) et patron de Block, une entreprise spécialisée dans le paiement électronique, a annoncé, le 26 février, la suppression de plus de 4 000 postes, soit près de 40 % des effectifs de la société. Or, l’entreprise ne se dit pas en difficulté.
Dorsey explique au contraire que cette décision a été prise, car avec l’intelligence artificielle (IA) « une équipe plus petite peut faire davantage et mieux ». Les marchés ont applaudi : le titre de Block a bondi d’environ 20 % après l’annonce.
Cette décision met en lumière une lame de fond qui dépasse le seul cadre de la Silicon Valley. Les emplois du secteur tertiaire sont désormais exposés à la baisse des embauches, à des licenciements ciblés et à des réorganisations à mesure que l’IA se diffuse dans l’économie.
Depuis la fin des « trente glorieuses » [1945-1975], l’économie française a vécu sur une équation simple : si le nombre d’emplois industriel se contractait, le tertiaire compensait. Cette tertiarisation de l’économie a accompagné la hausse de l’emploi total : nous sommes passés d’environ 22,1 millions d’emplois en 1975 à près de 27,7 millions en 2025, selon l’Insee.
Comme jadis l’industrie
Cependant, cette équation est aujourd’hui en train de se fissurer sous l’effet d’un phénomène de « détertiarisation ». Un processus selon lequel des pans entiers du secteur tertiaire perdent des emplois, comme l’industrie a perdu jadis des usines. Cela ne signifie pas que ces services disparaissent, cela signifie qu’ils se standardisent, se déplacent et se compressent. Plus largement, c’est souvent la valeur ajoutée produite, y compris par des salariés qualifiés, qui tend à se dégrader.
Les conséquences sont massives. Dans le seul secteur privé, l’Insee recense 13,2 millions d’emplois dans le tertiaire marchand fin 2025 (commerce, finance, services aux entreprises et aux particuliers, communication, etc.), soit près d’un emploi sur deux. Autrement dit, les conséquences potentielles de cette détertiarisation sont d’une tout autre ampleur que celles de la désindustrialisation : à son pic en 1975, l’industrie ne représentait « que » 5,9 millions d’emplois.
Il vous reste 56.09% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

