Le droit de vote ne s’usant que lorsqu’on le délaisse, les électeurs vont pouvoir donner un signal clair sur l’état de la démocratie française dès dimanche. Les 15 et 22 mars, les deux tours des élections municipales se dérouleront dans les 34 875 communes françaises. Ce scrutin, pilier du pacte républicain, est l’un des baromètres les plus précis sur l’atmosphère d’un pays paradoxal, à la fois complexe et riche de sa diversité, mais où la cohésion nationale est vitale.
L’élection des maires reste un choix local. Les métropoles et les villages ne rencontrent pas les mêmes problèmes, les territoires ont tous leur propre géographie et les élus au soir du 22 mars n’auront pas à gérer des dossiers similaires. Il faudra donc recevoir avec prudence les millions de messages envoyés par les urnes. Sauf que cette élection se déroule un peu plus d’un an avant l’élection présidentielle, dans un contexte où l’extrême droite est au pouvoir dans certains pays occidentaux, et dans un monde soumis à des chocs géopolitiques anxiogènes. Plus que jamais, le local reflétera aussi l’ambiance politique plus globale.
La participation sera déterminante, notamment pour mesurer la défiance, la lassitude ou la capacité de mobilisation des électeurs. L’abstention ne cesse de progresser depuis des décennies à tous les scrutins, y compris aux municipales, pourtant plus préservées que d’autres échéances. Mais les Français ont montré qu’ils restent aussi un vieux peuple politique quand les enjeux liés à leur vote leur semblent forts. Lors des élections législatives anticipées de 2024, alors que le Rassemblement national (RN) pouvait accéder à Matignon, la participation a nettement augmenté, presque de 20 points par rapport aux législatives de 2022. Dans les communes où les candidats RN seront en passe de conquérir la mairie, une désertion des isoloirs serait a contrario un symptôme très fort d’affaiblissement du barrage républicain.
Le Parti socialiste et Les Ecologistes vont devoir clarifier dans l’entre-deux tours leur rapport à La France insoumise, qui aujourd’hui fait figure de repoussoir pour une partie de l’électorat de gauche, et qui est un puissant moteur de mobilisation pour les électeurs de droite et d’extrême droite. Mais, au vu de sa dynamique électorale, le principal danger pour la France reste l’arrivée au pouvoir du RN en 2027. Ces élections municipales permettront de mesurer sa capacité à s’implanter dans toutes les strates de la société et dans tous les territoires. Loin de ses terres de prédilection, le parti de Marine Le Pen pourrait progresser dans les villes moyennes, dans l’ouest de la France et même dans certains quartiers des métropoles. Pour freiner sa normalisation, les héritiers de la droite gaulliste doivent résister à la tentation des accommodements au second tour. Un rapprochement à Paris et à Marseille des candidates du parti Les Républicains, Rachida Dati et Martine Vassal, avec le parti Reconquête ou avec le RN serait une faute.
Depuis des semaines, les candidats du RN aux municipales taisent les obsessions identitaires et discriminantes de leur formation derrière des programmes où le « bon sens » aurait remplacé l’idéologie. Une stratégie qui ne doit tromper personne. L’accession au pouvoir du RN, dans un an, à l’Elysée, conduirait la France dans une impasse économique et dans une ère politique dangereuse.

