La revue des revues. En ce début d’année 2026, la revue Marronnages oppose un sérieux démenti à tous ceux qui sont convaincus que le racisme régnant dans le monde de l’université et de la recherche a déjà été mesuré et analysé par nombre de travaux scientifiques. Ce champ est en réalité « sous-considéré dans les sciences sociales francophones », constate la revue – et c’est dommage : parce que le monde académique assume un rôle essentiel dans la production des savoirs et des hiérarchies sociales, le racisme qui l’imprègne doit devenir un « objet d’étude légitime ».

Née en 2022, Marronnages est une revue francophone de sciences sociales consacrée à l’analyse « de la race, des racismes et de l’ethnicité dans le monde contemporain ». Située au croisement de la sociologie, de l’anthropologie, de l’histoire, de la science politique et de l’économie, cette publication numérique, en libre accès, tire son nom du « marronnage », un terme qui désignait, avant l’abolition de la servitude, la fuite des esclaves. S’inspirant de ces fugitifs en révolte, la revue aspire à faire la critique des « différentes formes de pouvoir et de domination ».

Marronnages assume pleinement cette mission en regrettant, dans ce numéro, que les inégalités ethnoraciales soient souvent étudiées sur le marché du travail, dans les villes, à l’école ou dans la sphère civique, mais pas dans le monde académique. Pour combler cette lacune, le sociologue Abdellali Hajjat rassemble, dans une contribution passionnante et très documentée, les éléments épars de la littérature existante : ils racontent, chacun à sa manière, les différentes facettes que revêt le racisme dans les universités et les laboratoires de recherche occidentaux.

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Le sociologue explore d’abord la faible présence, depuis le XIXe siècle, des minorités ethnoraciales dans les mondes académiques américain, britannique et français. Il analyse ensuite l’« attrition » ethnoraciale, c’est-à-dire la diminution de la part des personnes « racisées » au fil du parcours universitaire : attestée au Royaume-ni, cette dynamique est plus difficile à repérer en France en raison de l’absence de données sur l’ethnicité ; mais Abdellali Hajjat montre, en utilisant l’indicateur « indirect » que sont les nom et prénom, qu’elle y est, malgré tout, très puissante.

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