
Le procès du navigateur français Kevin Escoffier, poursuivi par le tribunal correctionnel de Lorient pour des agressions sexuelles sur quatre femmes, en France et à l’étranger, a été renvoyé au 9 novembre à la demande du parquet.
A l’ouverture des débats, lundi 30 mars en début d’après-midi, le ministère public a motivé la demande de report du procès par l’envoi trop tardif d’une masse de documents par l’avocate du skippeur, qui conteste l’ensemble des accusations portées contre lui.
Virginie Le Roy a transmis vendredi soir 70 pages de conclusions et 152 pièces, a déploré le représentant du parquet, montrant à la cour un dossier d’une quinzaine de centimètres d’épaisseur. « Ces pièces, je ne les connaissais pas, ça me pose une difficulté » car « je ne serai pas en mesure de répondre à Me Le Roy », a-t-il expliqué. Dans ses conclusions, l’avocate de Kevin Escoffier demande la nullité de la procédure. « C’est une enquête indigne », « totalement en dehors des clous », a-t-elle affirmé à des journalistes après le renvoi, dénonçant notamment « des auditions orientées par les enquêteurs ».
Les avocates des quatre plaignantes, toutes présentes au tribunal, ainsi que Kevin Escoffier, ont expliqué avoir reçu les pièces de la défense seulement samedi et se sont rangées à la demande du parquet. « Le président a ordonné un supplément d’information » concernant ces nouveaux éléments versés au dossier « et c’est une très bonne nouvelle », a réagi Me Caroline Toby, qui défend une ancienne attachée de presse du navigateur.
C’est cette Française, aujourd’hui âgée de 33 ans, qui est à l’origine des poursuites pénales contre Kevin Escoffier. Dans sa plainte, elle l’accuse de l’avoir agressée dans un bar de Newport (Rhode Island, Etats-Unis) en mai 2023 lors d’une étape de l’Ocean Race, une course autour du monde en équipage.
L’enquête déclenchée par cette plainte était remontée à trois autres femmes se disant victimes du skippeur, qui ont à leur tour déposé plainte pour des faits commis entre la fin de 2017 et avril 2018, à Melbourne (Australie), au Brésil et à Lorient. Les quatre femmes « sont émues, stressées, c’est une épreuve difficile pour elles et elles veulent que la justice reconnaisse leur statut de victimes », a insisté Me Toby.
Suspension annulée
Kevin Escoffier avait été placé en garde à vue en février 2025 dans le cadre d’une enquête ouverte en juillet 2023 par le parquet de Paris puis transférée à celui de Lorient. Ingénieur naval et membre d’une illustre famille de marins bretons, il s’était fait connaître du grand public en frôlant la mort en novembre 2020 durant le Vendée Globe. Naufragé lors d’une tempête au large du cap de Bonne-Espérance, il avait sauté dans son radeau de survie avant d’être secouru in extremis par son concurrent Jean Le Cam.
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Le Canard enchaîné avait été poursuivi en diffamation par Kevin Escoffier pour un article évoquant l’agression présumée de Newport et un « #MeToo de la voile » en octobre 2023. Le journal a été relaxé en mai 2025 par le tribunal correctionnel de Paris qui a reconnu que l’enquête reposait « sur un ensemble d’éléments croisés et recoupés ».
La plaignante défendue par Me Toby avait été citée comme témoin lors de ce procès. Elle avait raconté à la barre comment, alors qu’elle cherchait son équipe dans le bar de Newport, elle avait rencontré Kevin Escoffier. Tandis qu’elle s’apprête à donner une accolade au skippeur, celui-ci lui « presse les seins avec ses mains », a affirmé la jeune femme. « Il commence à me palper une fesse, puis l’autre », « et sa main commence à remonter sous mon tee-shirt ».
Peu après la médiatisation des accusations contre lui en juin 2023, le navigateur avait quitté l’équipe du monocoque Holcim-PRB en pleine Ocean Race. En octobre 2023, « compte tenu du faisceau d’indices portés à sa connaissance », la Fédération française de voile avait suspendu le navigateur de toute compétition pour dix-huit mois et lui avait retiré provisoirement sa licence pendant cinq ans. Mais elle a annulé ces mesures en mars 2024, invoquant un « vice de procédure ».
Lundi matin, le collectif féministe Nous toutes Lorient avait appelé à un rassemblement devant le palais de justice pour soutenir les victimes et « briser le silence sur les violences qui règnent sur le milieu de la course au large ».


