
Le Pakistan et l’Afghanistan, en conflit depuis des mois, ont annoncé, mercredi 18 mars, une trêve de quatre jours, à compter de jeudi, pour la fin du ramadan, au surlendemain du bombardement d’un centre de réhabilitation pour toxicomanes de Kaboul, qui a fait plus de 400 morts, selon les autorités talibanes.
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a condamné mercredi cette frappe, la plus meurtrière depuis le conflit entre les deux pays, rappelant que « les établissements médicaux doivent être respectés et protégés selon le droit international ».
Peu après l’enterrement d’une partie des victimes à Kaboul, les deux pays ont annoncé l’un après l’autre, et dans des termes similaires, une trêve à l’occasion de l’Aïd-el-Fitr. Elle a été conclue « à la demande de pays islamiques amis, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie », ont-ils précisé.
Elle entrera en vigueur jeudi et durera jusqu’à lundi à minuit, heure locale (dimanche à 20 heures en France), le temps de la fête de l’Aïd-el-Fitr, a précisé le ministre de l’information pakistanais, Attaullah Tarar. l’Afghanistan « répondra avec courage à toute agression », a toutefois déclaré le porte-parole du gouvernement afghan, Zabihullah Mujahid. Les autorités pakistanaises ont, elles aussi, assuré être prêtes à riposter vigoureusement en cas d’attaque.
Lundi soir, des avions pakistanais ont bombardé Kaboul, ravageant le centre de réhabilitation. L’attaque a fait 408 morts et 265 blessés, selon les autorités talibanes. Islamabad a nié avoir visé délibérément le centre médical, affirmant cibler des objectifs « militaires et terroristes ».
Le Pakistan accuse l’Afghanistan de prêter refuge à des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que le gouvernement taliban dément.
Funérailles collectives
Un peu plus de 50 victimes ont été enterrées mercredi à Kaboul, selon un porte-parole du ministère de la santé. Sur une colline de la capitale afghane battue par la pluie, des bénévoles du Croissant-Rouge ont déposé, en fin d’après-midi, des cercueils de bois dans une fosse commune fraîchement creusée, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse. Plusieurs membres de l’administration talibane ont assisté à la cérémonie, encadrée par un important dispositif de sécurité.
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« Aujourd’hui est un jour triste », a déclaré le ministre de l’intérieur, Sirajuddin Haqqani, en présentant ses condoléances aux familles. « Les Afghans vivent des jours difficiles et nous les vengerons. Nous ne sommes pas faibles, vous verrez les conséquences de vos crimes », a-t-il averti. « Nous ne voulons pas la guerre, mais la situation en est arrivée là, nous essayons de résoudre le problème par la diplomatie », a néanmoins ajouté M. Haqqani, qui fut longtemps l’homme le plus recherché par Washington en Afghanistan.
La violence de la frappe a fait « exploser certains corps », a expliqué Jacopo Caridi, directeur de l’ONG humanitaire Norwegian Refugee Council (NRC) pour l’Afghanistan. « D’après ce que nous avons vu et ce dont nous avons discuté avec les autres [agences] impliquées dans les opérations [de secours], nous pouvons dire qu’il y a des centaines de morts et de blessés », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse (AFP). Il s’agit de la première confirmation indépendante du très lourd bilan.
L’hôpital accueillait environ 2 000 patients souffrant d’addiction venant de tout l’Afghanistan. Des journalistes de l’AFP présents sur les lieux lundi soir et mardi matin avaient pu compter au moins 95 corps extraits des décombres. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés a réclamé mardi une enquête « rapide » et « indépendante ».
Les appels à un cessez-le-feu immédiat se sont multipliés, depuis l’intensification des affrontements, le 26 février. Selon un nouveau bilan de l’ONU communiqué mardi, mais qui ne tient pas compte de la frappe sur l’hôpital, au moins 76 civils ont été tués depuis cette date en Afghanistan et 115 000 personnes déplacées.


