Il faut toujours prendre l’adversaire au sérieux. Prenons le cas d’Erik Prince, fondateur de la firme de mercenaires Blackwater (devenu Academi) et proche de Donald Trump. Début 2024, Prince déclarait qu’il était temps que les Etats-Unis remettent « leur chapeau impérial » pour coloniser à nouveau des pays d’Afrique et d’Amérique latine. Puisque, selon lui, ces derniers étaient « incapables de se gouverner eux-mêmes », il évoquait sans ciller l’accaparement de ressources stratégiques par les Etats-Unis. S’agissait-il, dans son esprit, de répliquer les sanglantes interventions militaires américaines au Moyen-Orient des années 1990-2000 ? Sans doute pas. Car Prince, le président Trump, son conseiller Stephen Miller (qui a déclaré que « le vrai monde » est « gouverné par la force ») sont les symptômes d’un temps nouveau pour le monde mais aussi pour les Etats-Unis, un pays qui, désormais, n’a plus l’imperium mondial et qui rejette le libéralisme économique des années 1990-2000.
A l’époque où les guerres d’Irak (1991, 2003) ont eu lieu, les Etats-Unis étaient la puissance hégémonique de la planète. Leur revenaient la conception, l’ingénierie, l’innovation et les technologies de pointe, et à la Chine la fabrication bon marché et l’achat massif de dette américaine. Les deux nations étaient complémentaires au regard de la théorie des avantages comparatifs de l’économiste David Ricardo (1772-1823). Chacune se spécialisait dans les productions où elle était la moins mauvaise, et échangeait pour permettre une croissance globale des richesses.
Les alertes des scientifiques sur l’incompatibilité entre cette croissance et les limites écologiques de la planète étaient écrasées par l’optimisme béat du tournant de l’an 2000. L’horizon était celui d’une mondialisation prétendument heureuse organisée par le libre-échange. Ce messianisme économique s’accompagnait de conflits effroyables pour les nations sommées de servir la cause du néolibéralisme. Les guerres au Moyen-Orient en étaient l’exemple parfait : il s’agissait de fluidifier le marché des hydrocarbures pour maintenir les prix mondiaux à de bas niveaux. Le but était moins de saisir le pétrole irakien que d’empêcher que d’autres influent sur ces prix, ce que le professeur Jeff Colgan a appelé le « pétro-consumérisme ».
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