Le luthiste Thomas Dunford, de l’Ensemble Jupiter, à New York, le 26 avril 2025.

Thomas Dunford est assis sur une souche. Derrière lui paresse une rivière. La vidéo a été tournée dans les jardins vendéens de William Christie, à Thiré (Vendée), le 26 août 2022. Il joue, ou plutôt il se joue, de Calata ala spagnola, de Joan Ambrosio Dalza, une musique de danse des XVe-XVIe siècles qu’il enchante tour à tour de rêves et d’élans charnels. Son archiluth, un luth « emmanché d’un long cou », car augmenté de cordes graves, a succédé au luth médiéval. Celui-ci, né de l’oud à quatre cordes, arrivé d’Afrique du Nord en Espagne durant la présence mauresque, a essaimé dans toute l’Europe. Avant, comme les dinosaures, de disparaître totalement.

La liberté et la fantaisie de l’interprète, la précision et le moelleux de son toucher (pattes de chat avec coussinets), la décontraction virtuose du jeu, l’intime enlacement du geste et du son : on ne sait qui, du musicien ou de l’instrument, se tient dans les bras de l’autre. « Le luth est un instrument très sensuel, doté d’une immense palette de couleurs et d’harmoniques, développe-t-il. Il est aussi très organique, presque humain, avec à la fois un côté masculin et féminin, et une vulnérabilité qui fait qu’on peut tutoyer le silence. » Thomas Dunford ne retient pas les mots qui disent les secrets, la ferveur, la mystique, lui dont le naturel solaire et généreux guide son rapport au monde, lequel ne vit que par la musique.

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