En 2000, par souci de cohésion sociale, après un long travail d’analyse exposé dans le rapport du sénateur Jean-Pierre Sueur, « Demain, la ville » (1998), le législateur affirmait que tous les territoires avaient vocation à accueillir tous les ménages, quel que soit leur pouvoir d’achat. Dans son article 55, la loi solidarité et renouvellement urbains, dite « SRU », imposait alors 20 % de logements sociaux aux communes de plus de 1 500 habitants en Ile-de-France, de plus de 3 500 dans le reste du pays. En 2013, ce seuil a été relevé à 25 % dans la plupart des villes concernées, en raison de l’inaccessibilité du marché privé. En France, quelque 10,5 millions de personnes sont aujourd’hui logées grâce au logement social, qui accueille les enseignantes, les infirmiers, les aides à domicile, les musiciens, les chauffeuses de bus, les restaurateurs et parfois même les enfants de ministres. En effet, le logement social a une vocation universelle : 70 % des ménages, compte tenu de leurs revenus, y sont éligibles.
La loi SRU, pilier de la politique du logement, a résisté à bien des attaques depuis vingt-cinq ans. Son application a permis la production d’environ 2 millions de logements sociaux, là où il en manquait. Le texte a convaincu nombre de responsables politiques, d’abord méfiants, que l’idée de vivre ensemble est le projet de société républicain et le sens de la vie urbaine. Pas tous, ni toutes : la moitié des édiles des villes concernées par la loi ne la respectent pas.
Déjà affaibli par la baisse des aides publiques en 2017, le logement social est à nouveau menacé. Les attaques ne sont pas frontales, ce qui les rend plus dangereuses. La première est sémantique. Elle tente de généraliser la notion de logement « abordable », terme flou sans définition juridique qui s’adresse à un autre ensemble flou, les « classes moyennes ». Certains élus se servent du mot « abordable » pour confondre à dessein le logement social, très réglementé notamment dans ses attributions, avec le logement intermédiaire aux loyers plafonnés, mais dont le fonctionnement se rapproche de la location privée. L’idée en vogue dans la dernière série de gouvernements consiste à défendre la comptabilisation des logements intermédiaires dans les quotas de logements sociaux obligatoires, faisant mécaniquement baisser le taux de logements aux loyers les plus bas.
Il vous reste 59.45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


