Le 31 janvier se tenait devant le palais de justice de Dunkerque (Nord) un rassemblement, puis une courte marche vers la place Jean-Bart. L’initiative se tenait un an, jour pour jour, après une première mobilisation publique en hommage à Djamel Bendjaballah, un éducateur spécialisé, mort à l’âge de 43 ans. Le 31 août 2024, à Cappelle-la-Grande, Djamel Bendjaballah, sous les yeux de sa fille, était tué par Jérôme Decofour, un membre d’une milice d’extrême droite qui, les mois précédents, avait proféré à son endroit des insultes racistes.

Un membre d’une milice d’extrême droite qui tue un Arabe en lui roulant trois fois dessus avec sa voiture après l’avoir traité pendant des mois de « bougnoule » et lui avoir envoyé des saucissons pur porc frappés du logo « halal » ? Voilà qui décrit une situation limpide : celle d’un crime raciste. Hélas, cette vérité est évidente pour tout le monde, sauf pour la justice, qui refuse obstinément de retenir la circonstance aggravante de racisme.

Interrogée sur une telle incongruité, la procureure de la République expliquait il y a quelques mois à la presse qu’il fallait laisser à la justice le temps d’avoir une « appréciation de la qualification adéquate », assurant que « le parquet est très mobilisé sur cette affaire ». Près de dix-huit mois après le meurtre de Djamel Bendjaballah, la procureure et la juge d’instruction sont très « mobilisées » sur un point : le refus de retenir la circonstance aggravante de racisme. Son absence interdit aux associations antiracistes, qui avaient émis le souhait de se constituer partie civile pour épauler la famille de la victime dans cette épreuve au long cours, d’avoir accès au dossier.

Comment expliquer un tel déni de justice ? Trois pistes, dont aucune n’exclut l’autre, sont à creuser. Faut-il considérer qu’il existe, chez les acteurs de ce déni, une complaisance à l’endroit de Jérôme Decofour ? En ces temps de grande bascule, voilà une hypothèse que l’on ne saurait trop rapidement écarter, mais puisque l’hypothèse est invérifiable, inutile d’épiloguer.

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