D’où a surgi le nazisme ? Comment s’est-il constitué, de phrase en phrase, de livre en livre, avant de s’imposer, dans les actes, avec une soudaineté mortifère ? Partant de ces questions, Jean-Pierre Faye, mort le 26 mars à 100 ans, a accompli un stupéfiant et instructif voyage. Pour rédiger Langages totalitaires, paru chez Hermann en 1972, réédité en 2004, il a lu, analysé et confronté des centaines de livres rédigés en allemand, des milliers de documents émanant d’une kyrielle de chapelles et de groupuscules, de l’extrême gauche à l’extrême droite, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale.
Il a restitué ainsi les processus qui rendent les mots agissants. La leçon de ce travail colossal – huit cents grandes pages, imprimées serrées, qui se lisent presque comme un roman – est que le récit qu’une époque fait d’elle-même, la manière dont elle parle de ses problèmes et de ses objectifs, de ses alliés et de ses adversaires, constitue en fait une manière d’agir dont les conséquences ne sont jamais neutres. Certains mots finissent par tuer. Reste à comprendre comment et pourquoi.
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