En 1991, dans le roman American Psycho [1991, en français chez Robert Laffont], le nom de Trump est mentionné à trente reprises. Ce milliardaire obsède le narrateur, Patrick Bateman, archétype de Wall Street. La fiction de Bret Easton Ellis est la satire d’un cercle de jeunes hommes obnubilés par les signes de la réussite matérielle, des cartes de visite sophistiquées aux marques de vêtements de luxe, garantie de succès social : ils sont prêts à tout pour une table dans les restaurants à la mode où dîne Donald Trump. Le Graal, c’est d’être invité à ses fêtes. De travail il n’est jamais question ; leurs emplois du temps sont aussi vides que leurs vies.

Etre riche, c’est fréquenter un cénacle de gens riches où « tout le monde a un corps parfait ». La jalousie le dispute à l’admiration : ce qui est désirable, c’est d’être envié. Ce club est défini par l’entre-soi. Faut-il le préciser ? Il s’agit d’hommes blancs. Ils affichent leur mépris des pauvres, des Noirs et des femmes. Pour Bateman, elles ne sont pas seulement les objets sexuels de scénarios pornographiques. Le récit enchaîne tortures et massacres à la tronçonneuse. Sa violence gratuite se déchaîne aussi contre un homosexuel et son chien, un SDF noir, un enfant. Le tradeur est un serial killer.

Dans cette nouvelle version de la « théorie de la classe de loisir », étudiée par le sociologue et économiste américain Thorstein Veblen [1857-1929] à l’époque des « barons voleurs », la consommation ostentatoire s’accompagne de violence : les femmes ont vocation à être des victimes autant que des trophées. Ce tableau des années 1980 éclaire les dossiers Epstein où le nom de Trump apparaît 38 000 fois. Jeffrey Epstein ne semblait guère travailler ; ou, plutôt, il travaillait inlassablement à développer des réseaux. Des milliardaires le payaient grassement pour des conseils financiers. Peu importe qu’il ait été, non seulement un criminel sexuel, mais aussi un escroc notoire. Tous semblaient s’accorder sur son génie.

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