
La nuit est tombée sur le Grand Palais. « This Will Not End Well » (« tout ça ne finira pas bien ») : dès le titre, Nan Goldin prévient. Sa rétrospective, qui envahit le salon d’honneur du monument parisien, porte les couleurs du deuil. Dans cette évocation d’un demi-siècle de création, la superstar de la photographie n’expose aucun tirage, mais un flux de photographies, constitué de cinq installations, vidéos ou diaporamas. Chacune se dévoile, isolée, dans autant de cellules architecturées de velours : des « corps noirs », résume la scénographe Hala Wardé, traversés par les fleuves d’images que l’Américaine compose depuis le début des années 1980. Ils s’écoulent ici en Styx plutôt qu’en rivières enchantées.
Chantre d’une génération décimée par la drogue et le sida, Nan Goldin s’impose en survivante. Agée de 72 ans, elle embrasse le rôle avec conviction, au fil d’une exposition qui se fait déploration. Au générique de chacun de ses montages, réédités à l’occasion de ce projet qui a tourné d’Amsterdam à Milan, l’artiste a pris soin d’énoncer les noms de tous ceux qui, autour d’elle, sont tombés. La liste est longue. Elle y a ajouté un hommage aux morts de Gaza, qui, dit-elle, la hantent.
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