Depuis cinq ans, aucune semaine sainte ne s’est tenue à Jérusalem dans des conditions normales. Ce constat, qui pourrait paraître conjoncturel, révèle en réalité une rupture durable. De la pandémie de 2020 à la guerre de Gaza à partir de 2023, puis à son extension au conflit avec l’Iran en 2026, les crises successives ont progressivement neutralisé la capacité du calendrier liturgique à imposer ses temps de suspension. Ce qui était historiquement un rythme structurant – celui d’un temps sacré, capable de contenir la violence – est désormais subordonné à des logiques sécuritaires et militaires, voire écrasé par elles.

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L’année 2026 en fournit une illustration particulièrement nette. Les restrictions imposées aux célébrations pascales sont officiellement justifiées par les tirs de missiles iraniens visant Israël. Pourtant, Jérusalem-Est n’a pas été directement ciblée ; un impact isolé à Jérusalem-Ouest et des retombées de débris liés aux interceptions constituent l’essentiel des effets observés dans la ville.

La menace est donc indirecte, médiatisée, ce qui confère aux mesures adoptées une portée qui excède la stricte gestion du risque. En réalité, l’état d’urgence instaure un régime de contrôle militarisé : sous l’autorité de l’armée, l’ensemble de Jérusalem, y compris sa partie orientale, est soumis à des restrictions qui s’apparentent à un couvre-feu religieux. Ce faisant, ces mesures manifestent concrètement l’exercice d’une souveraineté israélienne sur un espace dont le statut demeure contesté, transformant l’exception sécuritaire en affirmation de pouvoir.

La portée de cette situation est d’autant plus forte qu’elle intervient au moment d’une convergence rare des calendriers religieux : fin du ramadan, Aïd-el-Fitr, Pessah, semaine sainte et Pâques, célébrées selon les calendriers grégorien et julien. Rarement, dans l’histoire récente, les temporalités sacrées des trois monothéismes se sont ainsi superposées. Dans ce contexte, les appels à une suspension des hostilités se sont multipliés. Le secrétaire général des Nations unies a rappelé la convergence pour proposer un cessez-le-feu ; le chef de l’Eglise catholique, de son côté, a insisté à plusieurs reprises sur l’incompatibilité entre la célébration pascale et la poursuite de la guerre. Ces appels sont restés inaudibles.

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