
Une cellule de 65 m2, plus de temps pour recevoir des visites et des équipements pour faire de l’exercice… L’ancien président brésilien d’extrême droite, Jair Bolsonaro, condamné à vingt-sept ans de détention pour tentative de coup d’Etat, purge désormais sa peine dans une prison aux conditions « plus favorables » que celles de son lieu d’incarcération précédent, a annoncé, jeudi 15 janvier, la justice brésilienne.
Détenu depuis fin novembre, l’ex-chef d’Etat (2019-2022), aujourd’hui âgé de 70 ans, n’a pas obtenu de regagner son domicile de Brasilia pour y purger sa peine, comme il l’espérait en arguant de ses problèmes de santé. Mais il pourra prendre le soleil et faire de l’exercice, et utiliser un tapis de course et un vélo d’appartement, suivant les prescriptions de ses médecins.
A l’issue d’un procès historique dans le plus grand pays d’Amérique latine, M. Bolsonaro a été reconnu coupable en septembre d’avoir conspiré pour se maintenir au pouvoir de façon « autoritaire » après sa défaite, fin 2022, face à son rival de gauche, Luiz Inacio Lula da Silva. Il était détenu jusque-là au siège de la Police fédérale à Brasilia dans une cellule individuelle.
Jeudi, Alexandre de Moraes, juge de la Cour suprême chargé du procès Bolsonaro, a ordonné son transfert « immédiat » au complexe pénitentiaire de Papuda, situé également dans la capitale, selon la décision judiciaire consultée par l’Agence France-Presse.
Il « se trouve déjà à Papudinha », surnom d’un bâtiment de la Police militaire situé à l’intérieur du vaste complexe pénitentiaire de Papuda, a fait savoir le tribunal. Il a l’usage exclusif d’une cellule habituellement prévue pour quatre personnes, comprenant cuisine, TV, lit double et espace extérieur, et n’aura pas de contact avec les autres détenus.
Selon le magistrat, ces nouvelles conditions de détention sont « encore plus favorables » que les précédentes, qui étaient déjà « absolument exceptionnelles et privilégiées » avec une cellule de 12 m2 munie d’un téléviseur et de la climatisation.
Expertise médicale
Mais Carlos Bolsonaro, l’un des fils de l’ancien président, a dénoncé un « transfert vers un environnement carcéral sévère ». Sur le réseau social X, il a accusé le juge Moraes de « cruauté » et de « mépris des conditions humaines et de santé du condamné ».
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La famille, les avocats et les alliés de M. Bolsonaro ont mené ces dernières semaines une campagne incessante pour fustiger ses conditions de détention, et réclamaient qu’il purge sa peine chez lui pour raison « humanitaire ». Des demandes en ce sens ont déjà été rejetées à plusieurs reprises par Alexandre de Moraes. Pour statuer sur la dernière, déposée cette semaine, le magistrat a demandé, jeudi, une nouvelle expertise médicale.
Jair Bolsonaro souffre notamment des séquelles d’un attentat à l’arme blanche subi en 2018, en pleine campagne électorale, qui lui a valu plusieurs lourdes opérations chirurgicales. Entre Noël et le jour de l’An, il a été hospitalisé pour être opéré d’une hernie inguinale. Il a aussi été traité pour de récurrentes et violentes crises de hoquet. Récemment, après une chute dans sa cellule, il avait eu la permission d’effectuer un examen qui n’avait pas révélé de lésion grave, selon ses médecins.
Si le leader d’extrême droite est inéligible et ne peut espérer concourir à la prochaine élection présidentielle prévue en octobre, son camp espère réduire son temps d’incarcération effective. Le Parlement à majorité conservatrice, et largement acquis à sa cause, a adopté en décembre une loi qui réduirait cette durée à un peu plus de deux ans, contre environ huit ans selon les règles en vigueur. Lula a censuré ce texte le 8 janvier, mais les parlementaires pourraient avoir le dernier mot, ayant la prérogative d’annuler tout veto présidentiel par un vote majoritaire.
Le président de gauche, âgé de 80 ans, ne fait pas mystère de son intention de briguer un quatrième mandat en octobre. Il pourrait avoir pour adversaire Flavio Bolsonaro, fils aîné de son prédécesseur, adoubé par son père depuis sa cellule.


