Nous avons appris, le 25 février, que le gouvernement choisissait de renoncer au projet de loi consacré à la protection de l’enfance, pourtant annoncé publiquement lors de l’audition de la délégation aux droits des enfants, le 4 juin 2025, par Catherine Vautrin [alors ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles], puis confirmé par Stéphanie Rist [actuel ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées]. Il engageait pourtant formellement la parole de l’exécutif devant la représentation nationale. Ce choix est incompréhensible lorsqu’on connaît l’état de la protection de l’enfance.

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Les rapports sont publics, les chiffres établis, les drames médiatisés. A chaque scandale, l’émotion est forte. A chaque commission d’enquête, les conclusions sont sévères. A chaque débat parlementaire, l’urgence est proclamée. Et pourtant, rien ne change à la hauteur de ce qui est su. Ce n’est pas un manque de diagnostic. C’est un manque de décision.

En 2016, la France promettait une refondation en affirmant que l’intérêt supérieur de l’enfant deviendrait le principe directeur de l’action publique. En 2022, de nouvelles avancées étaient votées : fin des placements à l’hôtel, accompagnement jusqu’à 21 ans, amélioration des protections. Nous savons légiférer. Mais nous ne savons pas – ou nous ne voulons pas – faire de la protection de l’enfance une priorité budgétaire et stratégique durable.

La protection de l’enfance n’a de protection que le nom, alors même que le nombre d’enfants victimes de maltraitances, de violences sexuelles, d’inceste ou de carences éducatives ne fait qu’augmenter. Elle donne le sentiment d’être devenue une formule administrative confortable plutôt qu’une protection effective.

Contrôles inégaux

Sur le terrain, malgré le travail exemplaire de nombreux professionnels, les ruptures de parcours demeurent. Les disparités territoriales persistent. Les contrôles restent inégaux. Trop d’enfants continuent de changer de lieu de vie sans stabilité suffisante. De nombreux enfants sont victimes de violence dans les lieux où ils ont été placés. L’accompagnement vers l’autonomie demeure fragile. Trop de jeunes majeurs quittent la protection sans sécurité réelle. Dans le même temps, l’opinion publique s’alarme de la délinquance des mineurs, de la prostitution de ces derniers, de l’augmentation du nombre de jeunes sans domicile.

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