Des journalistes se tiennent devant un écran à la Wiener Stadthalle, où se tiendra l’Eurovision l’année prochaine, à Vienne, le 18 novembre 2025.

Israël pourra participer à l’édition 2026 de l’Eurovision, à Vienne, « une majorité » des membres de l’Union européenne de radio-télévision (UER) ayant estimé qu’il n’était pas nécessaire de voter sur la question, déclenchant instantanément des annonces de boycott de plusieurs pays.

Lors d’un vote à bulletin secret organisé au premier jour de l’assemblée générale de l’UER à Genève, ses membres « ont soutenu une série de modifications ciblées du règlement » du célèbre télé-crochet, visant « à renforcer la confiance, la transparence et la neutralité de l’événement ».

Par ailleurs, « une large majorité des membres ont convenu qu’il n’était pas nécessaire de procéder à un vote supplémentaire sur la participation » d’Israël et que l’édition 2026 « devrait se dérouler comme prévu, avec les garanties supplémentaires en place », a ajouté l’organisation dans un communiqué.

Les diffuseurs doivent désormais confirmer leur participation au concours, la liste complète devant être annoncée « avant Noël », selon l’UER. Cependant, les diffuseurs de l’Espagne, des Pays-Bas, de l’Irlande et de la Slovénie ont annoncé, dans la foulée du vote, qu’ils ne participeraient pas.

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« Incompatible avec nos valeurs »

A Dublin, le groupe audiovisuel public irlandais RTE a expliqué avoir pris cette décision « compte tenu des pertes humaines effroyables à Gaza et de la crise humanitaire qui continue de mettre en danger la vie de tant de civils ». Le groupe irlandais ajoute être « profondément préoccupé par les assassinats ciblés de journalistes à Gaza (…) et par le refus persistant [des autorités israéliennes] de permettre l’accès du territoire aux journalistes internationaux ».

Le diffuseur Avrotros, aux Pays-Bas, a estimé que la participation d’Israël, « dans les circonstances actuelles », n’était « pas compatible avec [ses] valeurs publiques fondamentales ». « Nous continuons d’appeler au boycott sportif et culturel de tout événement auquel Israël participe avec son drapeau, comme c’est le cas pour l’Eurovision », a déclaré le ministre de la culture espagnol, Ernest Urtasun.

La directrice de la télévision publique slovène RTVSLO, Natalija Gorscak, a confirmé que la Slovénie ne participerait « absolument pas » au concours 2026. D’autres boycotts pourraient être annoncés dans les prochaines heures, comme celui du diffuseur islandais RUV, qui a annoncé une décision « mercredi prochain ». La Belgique, également, avait dit songer à un boycott. Le ministre des affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a dit avoir « honte pour ces pays », dans une réaction publiée sur le réseau social X.

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Le président israélien, Isaac Herzog, a salué l’annonce de l’UER, en affirmant que le pays « mérit[ait] d’être représenté sur toutes les scènes du monde ». Le directeur général du groupe audiovisuel public autrichien ORF, Roland Weissmann, hôte du prochain concours, s’est aussi « réjoui » que la radio-télévision publique israélienne KAN puisse figurer à Vienne, tout en annonçant « regretter que des chaînes décident maintenant de ne pas participer ».

La chaîne régionale allemande SWR, chargée à compter de 2026 de la retransmission de l’événement en Allemagne, avait également estimé que KAN répondait « à toutes les exigences pour participer » au concours.

Pour la présidente de l’UER, Delphine Ernotte Cunci, citée dans le communiqué, « le résultat de ce vote démontre l’engagement commun [des] membres [de l’alliance de médias] à protéger la transparence et la confiance dans le Concours Eurovision de la chanson, le plus grand événement musical live au monde ».

Théâtre d’oppositions géopolitiques

Le 21 novembre, l’UER avait annoncé avoir modifié ses règles de vote pour le concours et vouloir renforcer ses efforts pour « détecter et prévenir toute activité de vote frauduleuse ou coordonnée », alors que le soutien public massif attribué aux candidats israéliens ces dernières années avait suscité la controverse.

Le concours prévoit que tous les habitants des dizaines de pays participant au concours peuvent voter, par téléphone, par SMS ou en ligne. Dans chaque pays, un jury de professionnels vote également. Ces deux votes ont le même poids, mais il n’est pas possible de voter pour son propre pays.

Avec les nouvelles règles, le nombre maximal de voix par mode de paiement « passera de 20 à 10 ». Et les jurys de professionnels, dont les votes comptent pour moitié dans la finale et sont composés d’experts de la musique, feront leur retour dans les demi-finales, une première depuis 2022.

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Cette année, la chanteuse israélienne Yuval Raphael, survivante de l’attaque du 7 octobre 2023, était arrivée deuxième au concours, portée par le vote du public. En 2024 aussi, les jurys nationaux avaient largement snobé Israël, mais le vote du public avait donné un spectaculaire coup de pouce à la candidate israélienne, Eden Golan, la catapultant à la cinquième place.

L’Eurovision est régulièrement le théâtre d’oppositions géopolitiques. La Russie en avait été exclue à la suite de l’invasion de l’Ukraine en 2022. La Biélorussie l’avait été un an plus tôt à la suite de la réélection contestée du président Alexandre Loukachenko.

Le Monde avec AFP

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