L’un des ouvrages les plus influents des quinze dernières années est sans doute La Part d’ange en nous (2011, Les Arènes, 2017, pour l’édition française), du psychologue Steven Pinker, de l’université américaine Harvard, dans le Massachusetts. C’est une somme sur un supposé déclin tendanciel de la violence et de la brutalité des conflits armés : nous serions dans la période la plus pacifique de l’histoire de l’humanité, notamment grâce à la diffusion de la démocratie libérale et des valeurs de l’Occident. La guerre serait de moins en moins meurtrière, de plus en plus « civilisée ».

Comme l’ont montré depuis bon nombre de chercheurs, l’essentiel de cette thèse repose sur des choix statistiques douteux, un usage contestable de certaines données archéologiques, une comptabilité des morts à géométrie variable, une définition restrictive de la violence, etc. Pour se faire une idée, on lira avec profit l’ouvrage critique de David Peterson et Edward S. Herman (Déni de réalité. Steven Pinker et le mythe du déclin de la violence humaine, Editions Libre, 2022) – il en existe d’autres.

Non seulement la violence, prise dans son ensemble, ne baisse pas, mais la dimension écocidaire des conflits armés semble être de plus en plus assumée. En Ukraine, à Gaza, au Liban ou en Iran, la destruction de l’environnement n’est pas seulement un effet collatéral des opérations militaires, mais une arme comme une autre. Elle est moins directement létale que l’artillerie ou les missiles balistiques, mais ses effets à long terme peuvent être considérables.

Comme le note le juriste Nicolas Ligneul (université Paris-Est), dans une récente analyse publiée par The Conversation, le droit international est relativement peu outillé pour réprimer ou contraindre à indemniser les dommages environnementaux causés par la guerre. « La Cour pénale internationale vise, à titre principal, les crimes contre l’humanité, précise l’avocat Christian Huglo, dans un article de 2024 publié par la Revue défense nationale. Elle ne reconnaît les atteintes graves et durables à l’environnement que dans la mesure où la destruction de l’environnement n’est pas liée à la nécessité d’opérer une action armée adéquate. »

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