A Marseille, les « habituelles bizarreries » font monter la tension du vote
Au bureau de l’école Solidarité, au-dessus de la cité du même nom, dans le 15e arrondissement, Sébastien Delogu arrive entouré de trois colosses aussi grands que lui. Sur le coup de 16 heures, le député de La France insoumise, candidat à la mairie de Marseille, boucle son tour des sites du scrutin dans ce bureau tout au nord de la ville. Au milieu de ce cortège testostéroné, Rabyata Boinaheri, en ensemble pantalon tailleur rose flashy, fait aussi forte impression.
Tête de liste « insoumise » dans le 8e secteur, cette mère de famille de 39 ans, novice en politique, est originaire d’une cité voisine : la Granière. Et comme Sébastien Delogu, lui aussi issu du territoire, elle semble connaître personnellement presque tous les assesseurs des bureaux, qu’ils soient dépêchés par les « insoumis » ou par les listes rivales.
Le député est remonté. A son arrivée, il a interpellé le président du bureau, Hedi Ramdane, élu du Printemps marseillais, d’un bruyant « Tu travailles toujours avec les mêmes tricheurs ». Le concerné n’apprécie guère et lui demande « d’arrêter son cinéma devant les journalistes ». Les deux hommes, qui se connaissent bien, iront en discuter à l’abri des regards. L’« insoumis » contrôle les tas de bulletins, demande un réassort d’une pile pas assez épaisse. Sur son téléphone, il montre les photos d’affiches déchirées ou recouvertes d’un papier blanc, la nuit précédant le vote… Un classique que dénoncent tous les candidats.
Quelques minutes plus tard, ses équipes envoient à la presse un communiqué pour dénoncer l’inversion de bulletins entre listes de secteur et liste centrale dans « plusieurs bureaux de vote ». Un mix qui pourrait entraîner leur nullité. « Nous demandons que ces bulletins soient comptabilisés lors du dépouillement », écrit Sébastien Delogu, dénonçant, par avance, ce qui pourrait constituer une « fraude massive ».
Peu avant le débarquement « insoumis », Gérard Blanc, candidat Renaissance, tête de liste pour la liste divers droite de Martine Vassal, est, lui aussi, venu contrôler le bureau de la Solidarité. Pour cet avocat, la journée de vote n’avait, à l’heure dite, recelé « rien d’énorme ». « Un peu de pression aux tables de vote, des rabatteurs devant les bureaux, des affiches arrachées, des électeurs que l’on va chercher, des bulletins pas forcément dans le bon ordre ou retournés… On a vu les bizarreries habituelles », relativisait-il.
Dans la matinée, le Rassemblement national avait lui aussi dénoncé l’ouverture en retard d’une quinzaine de bureaux de vote sur les 497 que compte la ville et des inversions de bulletins entre scrutin central et scrutin de secteur. Autant d’événements qui ont été consignés dans les procès-verbaux des bureaux.


