Dimanche 22 mars, les citoyens de 1 521 communes sont invités à départager les candidats aux élections municipales lors d’un second tour très indécis, notamment dans les métropoles de Paris, Marseille, Nantes, Toulouse, Lyon, Bordeaux, Strasbourg. A un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, les résultats définitifs de ce scrutin local donneront de précieuses indications sur l’humeur des Français. Malgré la bonne tenue du premier tour, la dernière semaine de campagne, rythmée par les tractations et les invectives, a révélé l’état de tension du personnel politique dans un contexte de banalisation électorale du Rassemblement national (RN) et de poussée de La France insoumise (LFI) dans les villes.

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L’extinction du barrage républicain est un fait majeur de cet entre-deux-tours. La liste la moins bien placée ne se retire quasiment plus jamais de façon automatique pour empêcher l’élection d’un candidat d’extrême droite. Avant le dépôt des listes, les états-majors n’ont donné aucune consigne, les médias n’ont presque pas évoqué cette éventualité et les têtes de liste ont, la plupart du temps, décidé de se maintenir, au risque de faire gagner les candidats lepénistes. A Marseille, où l’extrême droite a récolté 35 % des suffrages au premier tour, Sébastien Delogu (LFI) s’est retiré, mais, à Nice, la candidate de l’union de la gauche, Juliette Chesnel-Le Roux, s’est maintenue.

Attaques et petites phrases

De mêmes cas de figure se sont produits dans nombre de communes, comme à Carpentras (Vaucluse), Carcassonne, La Seyne-sur-Mer (Var), Montauban, Tarbes, Bagnols-sur-Cèze (Gard), Aubagne (Bouches-du-Rhône), Montargis (Loiret) ou Saint-Avold (Moselle). Si la droite a renoncé depuis longtemps à ce barrage classique, arguant que ses électeurs iraient de toute façon vers le RN, les responsables de gauche ont privilégié les « fusions techniques » proposées par LFI, estimant que les candidats lepénistes ne sont pas en position de remporter beaucoup de villes. Un pari qui ne doit pas masquer une évidence : avec des retraits automatiques, donc des duels, l’extrême droite en gagnerait sûrement encore moins.

A Oignies (Pas-de-Calais), le 18 mars 2026.

Cette normalisation silencieuse de l’extrême droite se déroule dans une atmosphère agitée et bruyante où la violence verbale est de plus en plus décomplexée. Si la politique, milieu de pouvoir et de compétition, a toujours été propice aux inimitiés et aux confidences pernicieuses, les haines ne se cachent plus. Cette semaine, les responsables des gauches, juste après avoir pourtant fusionné leur liste dans de nombreuses villes, se sont aussitôt opposés durement. « Tartuffe », « bonimenteur », « menteur », a-t-on pu lire sur le fil X d’un proche du leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, à propos des socialistes ou du député (Debout !) de la Somme François Ruffin.

Sous une publication de Jérôme Guedj, qui a diffusé une affiche de lui taguée d’une croix gammée, le leader de LFI a ironisé sur la « secte » du député socialiste de l’Essonne et sur ses « pleurnicheries politiciennes ». A peine élu au premier tour, le maire « insoumis » de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, a, lui, dû subir des interviews méprisantes et teintées de racisme. Rattrapés par les clivages nationaux, les débats d’entre-deux-tours ont souvent été inutiles sur les thématiques municipales, ensevelies sous les attaques et les petites phrases. Cette conflictualité grandissante, dopée aux algorithmes des réseaux sociaux, et la progression à bas bruit du populisme d’extrême droite n’augurent rien de bon pour la campagne présidentielle.

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Le Monde

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