A Fontgombault (Indre, 268 habitants), un faux suspense plane au-dessus des scrutins municipaux des 15 et 22 mars 2026. Avec 51 inscrits sur les 226 que comptent les listes électorales, les moines de l’abbaye Notre-Dame sont quasi assurés de voir leur favori élu au premier tour. On voit mal ce corps électoral, portant tonsure et robe de bure, adepte de la messe en latin et du chant grégorien, ne pas voter comme un seul homme pour la liste du maire sortant, Philippe Confolant. C’est que l’un des leurs y figure : le père Philippe Gallot, moine hôtelier de ce couvent bénédictin d’obédience traditionaliste. « La vie monastique est conciliable avec une action politique locale, au service de la cité. Il me semble important, compte tenu du nombre de moines par rapport au nombre d’habitants, qu’au moins l’un d’eux soit présent au conseil municipal », justifie le père-abbé Jean Pateau, le supérieur de l’abbaye.
Une deuxième liste a beau se présenter en face, les jeux sont faits, comme est bien obligé de le constater son chef de file, André Antigny. A gauche politiquement, ce retraité de l’aéronautique n’a pas eu besoin de sortir sa calculette : additionnées à celles des ecclésiastiques, les voix des fidèles de l’église abbatiale et des électeurs de droite et d’extrême droite du village – au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, Fontgombault avait porté en tête Eric Zemmour (38,02 %, 73 voix) et Marine Le Pen (17,71 %, 34 voix) – devraient offrir un score stalinien à l’équipe en place. Le conseil municipal a même compris même deux moines. Il a fallu se séparer de l’un d’eux afin de « faire entrer » des femmes dans l’équipe, en vertu des nouvelles dispositions électorales qui imposent la parité aux communes de moins de 1 000 habitants. Une seule femme, sur onze élus, figure actuellement au conseil municipal. Selon toute probabilité, il devrait y en avoir quatre ou cinq prochainement – qui l’eût cru ?
Le village traîne en effet une triste réputation en matière d’ouverture. En 2013, le maire divers droite de l’époque, Jacques Tissier, s’était illustré en faisant voter une délibération selon laquelle son conseil municipal démissionnerait s’il était forcé de célébrer un mariage homosexuel. Justifiée au nom d’une « loi naturelle supérieure aux lois humaines », la décision – annulée par le tribunal administratif de Limoges un an plus tard – avait alors reçu le soutien de Dom Pateau.
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