Que faire, quand on est un scientifique doublé d’un poète, qu’en héritier de Rimbaud on travaille à se rendre « voyant », mais qu’on est trop seul à voir ? On cherche une consolation en grimpant sur les épaules d’un géant pour tendre à ses pairs un miroir où se reflète la vision de celui-ci, révélant les lâchetés et les compromissions commises au nom de la science et contribuant aux malheurs du monde.
Tel est le geste subversif de l’astrophysicien, poète et philosophe Aurélien Barrau dans Trahir par fidélité. Il y revisite les écrits tardifs du mathématicien Alexandre (né Alexander) Grothendieck (1928-2014) qui, après avoir brillé au firmament des mathématiques dont il a révolutionné une branche, la géométrie algébrique, avait, au début des années 1970, rejeté le monde scientifique pour s’engager dans le militantisme écologiste et antimilitariste.
« Nous sommes bien placés pour dénoncer les méfaits du scientisme, pouvant être considéré comme une sorte de religion universelle ayant remplacé les religions traditionnelles et qui compte parmi les forces négatives les plus puissantes, du point de vue idéologique, à mener le monde », déclarait-il en 1971 pour présenter Survivre et vivre, le premier groupe d’écologie politique français, dont il fut l’un des fondateurs. S’appuyant sur les textes, les lettres et les enregistrements dans lesquels Grothendieck développe sa réflexion, dont Récoltes et Semailles (Gallimard, 2022), monument écrit dans les années 1980 en réponse au reniement de ses pairs, Aurélien Barrau réhabilite sa critique tout en étrillant ses pairs.
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