
Tout cuir. Veste épaisse, pantalon souple, gants fourrés. Mercredi 18 février, le chorégraphe Damien Jalet, 49 ans, semble caparaçonné dans ses vêtements. A la terrasse d’un café parisien, ce Bruxellois franco-belge, complice de création de Sidi Larbi Cherkaoui, de Madonna, et de Jacques Audiard pour le film Emilia Pérez (2024), ne craint ni le froid ni l’humidité. Et pourtant, sans qu’on l’ait vu venir, sa météo intime chavire soudain, noyant ses yeux invraisemblablement clairs.
Le déclencheur de ce frisson violent ? L’évocation de son spectacle Thr(o)ugh, créé en 2016, et à l’affiche pour la première fois à Paris, avec le Ballet du Grand Théâtre de Genève. Il a été imaginé dans les traces de l’attentat du 13 novembre 2015, où Damien Jalet s’est retrouvé à 3 mètres de l’un des terroristes, devant le bar La Belle Equipe, rue de Charonne, à Paris. « Je ne veux pas être trop émotionnel, mais dès que je parle de cette pièce, je ressens un vertige, glisse-t-il. Et impossible de le rationaliser. » Il décrit l’homme, les flammes de la kalachnikov. Il revit sa course à l’aveugle, se répétant à chaque seconde « encore vivant, encore vivant ». « Après, pendant quelques semaines, j’ai perdu mon énergie, mon humour, et j’ai failli tout arrêter, poursuit-il. C’est grâce à la danse et au travail avec le groupe que j’ai continué. »
Il vous reste 80.36% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


