Margaux Trarieux, docteure en sociologie, attachée temporaire d’enseignement et de recherche à l’université Paris-Cité, et Emilie Veyrat, doctorante en sociologie dans cette même université, comptent parmi les coordinateurs de l’ouvrage Travailler fait-il toujours sens ? (Erès, 336 pages, 28 euros). Elles expliquent que le sens peut être utilisé comme « outil managérial » pour « servir les objectifs de l’entreprise ».

Dans votre ouvrage, vous montrez que le sens du travail peut répondre à de nombreuses définitions. Quels en sont les principaux ressorts ?

Emilie Veyrat : Le sens n’a, en effet, pas de définition stabilisée. Celle-ci est plurielle parce que le sens est propre à chacun et qu’il renvoie à différentes dimensions du travail. Il peut reposer sur la finalité des tâches accomplies : à quoi sert la production ? Il peut aussi concerner l’organisation du travail. Les conditions d’emploi et de travail vont jouer un rôle important dans la construction du sens, avec une attention à la question des salaires, à une éventuelle précarité ou encore aux statuts. Les liens sociaux développés dans le cadre du travail sont également à prendre en compte.

Margaux Trarieux : Il faut aussi s’intéresser à l’utilité du travail effectué, dont la perception est particulièrement variable selon les travailleurs et les institutions. Certains considéreront par exemple le travail en termes de contribution économique, d’autres en termes de contribution sociale.

Vous soulignez combien la question du sens – et de son éventuelle perte – est présente dans les discours publics, professionnels et politiques. Comment l’expliquer ?

E. V. : La question a indéniablement gagné en visibilité à l’occasion de la pandémie de Covid-19, et du débat public sur les travailleurs « essentiels ». Les cadres, aussi, ont connu une rupture forcée de leur rythme de vie professionnelle. Cela a pu les inciter à réfléchir à leur travail et à sa finalité. Mais il faut avoir à l’esprit que la pandémie n’a fait qu’accélérer une réflexion déjà en cours. On peut évoquer, par exemple, l’immense écho qu’a eu la mise en lumière des bullshit jobs par l’anthropologue David Graeber, au début des années 2010.

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