Tariq Ramadan, à Paris, le 30 septembre 2025.

Une peine de dix-huit ans de réclusion criminelle a été requise, mardi 24 mars, au procès pour viols de l’islamologue suisse Tariq Ramadan, jugé par défaut et à huis clos par la cour criminelle départementale de Paris pour des viols sur trois femmes. L’avocat général a aussi demandé un mandat d’arrêt à l’encontre de l’accusé qui ne s’est pas présenté à la justice française depuis l’ouverture de son procès, ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français une fois sa peine purgée. Le verdict sera rendu mercredi.

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« L’accusation au début du procès avait insulté Tariq Ramadan de lâche », a réagi auprès de l’Agence France-Presse (AFP) un de ses avocats, Me Ouadie Elhamamouchi. « Alors que ce dernier sollicitait un report de quelques semaines car hospitalisé et qu’il vient tout juste d’être à nouveau hospitalisé, voilà que des réquisitions iniques et totalement déconnectées, encouragées certainement par l’absence de défense de Tariq Ramadan, viennent d’être prononcées », a-t-il ajouté, y voyant un « acharnement » contre son client.

Pour David-Olivier Kaminski, avocat d’une des parties civiles, l’avocat général a, au contraire, « durant plus de trois heures (…), démontré l’immense culpabilité de Tariq Ramadan ».

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L’islamologue, déjà condamné par la justice helvète pour viol, est jugé à Paris depuis le 2 mars pour des viols qui auraient été commis sur trois autres femmes entre 2009 et 2016, ce qu’il conteste : un viol aggravé, avec violences et sur personne vulnérable, commis sur « Christelle » (prénom d’emprunt) à Lyon en octobre 2009 ; un viol qui aurait eu lieu en 2012 à Paris sur Henda Ayari, une ex-salafiste devenue militante laïque qui avait déclenché l’affaire en portant plainte en octobre 2017 ; et un autre sur une troisième femme, remontant à 2016.

Expertise médicale

Mais à l’ouverture du procès, il ne s’est pas présenté à l’audience. Ses avocats avaient alors expliqué qu’il avait été hospitalisé deux jours auparavant à Genève, en raison selon eux d’une « poussée » de sclérose en plaques. La présidente de la cour criminelle, Corinne Goetzmann, avait dès lors ordonné une expertise médicale sur pièces à deux neurologues désignés pour évaluer son état de santé, afin de décider d’un renvoi ou non du procès à une date ultérieure.

Dans ce rapport, lu à l’audience par la magistrate le 6 mars, les experts ont conclu à la « stabilité de la sclérose en plaques » dont souffre l’islamologue depuis plusieurs années, « sans signe de poussée récente », et ont estimé qu’il pouvait donc comparaître devant la cour criminelle. La présidente a alors rejeté la demande de renvoi du procès et a décidé que l’accusé de 63 ans serait jugé par défaut et à huis clos, comme le demandait une partie civile. Elle a, par ailleurs, fait savoir qu’un mandat d’arrêt « à exécution et diffusion immédiate » était délivré à son encontre. Ses quatre avocats ont quitté la salle d’audience, estimant qu’ils ne pouvaient défendre leur client dans cette « parodie de justice ».

En Suisse, après avoir été acquitté en première instance, il a été condamné en appel en septembre 2024 à trois ans de prison dont un an ferme pour le viol d’une femme dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008 dans un hôtel à Genève. Il a annoncé saisir la Cour européenne des droits de l’homme et a par ailleurs déposé une demande en révision du procès, en cours de traitement selon la justice genevoise.

Sollicitées à plusieurs reprises par l’AFP, les autorités judiciaires suisses ont refusé jusqu’à présent de faire tout commentaire sur le sort de M. Ramadan.

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Le Monde avec AFP

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