Une certaine crispation a traversé la cour d’assises de Versailles, lundi 23 mars, lorsque Jean Huon, expert en balistique, a actionné la détente du Sig Sauer 9 mm utilisé pour tuer Olivio Gomes. Avec l’arme non chargée et pointée vers le plafond, il souhaitait montrer la force nécessaire pour activer le mécanisme de « double action » de l’arme, comme le policier Gilles G. a dû le faire pour lâcher la première des trois balles qui a touché l’homme de 28 ans au volant de sa voiture, le 17 octobre 2020, à Poissy (Yvelines). Les deux suivantes, tirées en « simple action », sont parties beaucoup plus facilement.
Pour le deuxième jour du procès du fonctionnaire, poursuivi pour « homicide volontaire », le tribunal a accueilli l’habituelle valse des experts : médecine légale, accidentologie, balistique… Ils étaient six à se présenter, pour expliciter leurs analyses respectives, et tenter d’expliquer comment Olivio Gomes est mort.
Au cœur du sujet, deux questions : l’agent de la brigade anticriminalité de nuit de Paris (BAC75N) avait-il l’intention de tuer le conducteur, ce qui en ferait bien un « homicide volontaire » ? Et Olivio Gomes menaçait-il directement sa vie ou celle d’autrui, d’une façon qui rendait « absolument nécessaire » ces tirs, le plaçant dès lors dans le cadre légal de l’usage des armes ?
Pour les jurés, qui découvrent le dossier, l’exercice a pu se révéler pénible : jargon technique, explications absconses et des experts ne traitant pas les limites et incertitudes de leur travail avec la même prudence.
Défaut de parallélisme
Les deux médecins légistes chargés de l’autopsie ont livré une présentation claire et brève de leur matière, décrivant les blessures causées par trois balles. Celle responsable de la mort d’Olivio Gomes est entrée par l’omoplate gauche, avant de traverser les deux poumons et l’aorte thoracique.
Ce travail a servi de base aux expertises de l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), et à la contre-expertise réalisée par Jean Huon. Mais c’est d’abord un spécialiste en accidentologie qui a présenté son travail. Visiblement peu habitué à l’oralité des débats de la cour d’assises, Robert Hazan a tenté de décrire le comportement des différents véhicules impliqués, avec une prudence relative.
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