
Au moins 17 migrants d’un groupe se présentant comme des ressortissants congolais sont morts noyés après avoir été déposés près des côtes des Comores, a annoncé, jeudi 19 mars, le ministre de l’intérieur de cet Etat de l’océan Indien.
Depuis plus de cinq ans, des groupes de migrants espérant rejoindre le département français de Mayotte, situé géographiquement dans l’archipel des Comores, sont débarqués près du littoral comorien, mais c’est la première fois que des corps sont repêchés, selon le représentant des Nations unies aux Comores, James Tsok Bot.
Plusieurs des 30 survivants du drame, survenu mercredi ont déclaré que les passeurs leur avaient assuré qu’ils étaient à Mayotte. Quatre autres personnes sont portées disparues. « Ceux qui sont vivants disent qu’ils sont des Congolais », a déclaré le ministre de l’intérieur, Mohamed Ahamada Assoumani, lors d’un point presse improvisé à Mitsamiouli, ville à la pointe nord de l’île de Ngazidja (Grande Comore), théâtre du drame.
« Dans la nuit [de mercredi à jeudi], nous avons trouvé huit morts. Les corps ont été repêchés par les habitants de Mitsamiouli, pêcheurs et autorités. Ce matin, on a pu repêcher neuf corps, ce qui fait qu’actuellement nous avons 17 morts. Les gardes-côtes sont en train de rechercher les quatre corps disparus », a ajouté le ministre.
« Nous n’avions ni pain ni eau »
Les habitants de cette ville côtière située à 40 kilomètres de la capitale comorienne, Moroni, ont été alertés par des hurlements de détresse. « Nous étions en train de regarder le match [de football] Barça-Newcastle quand nous avons entendu des cris en provenance de la plage », raconte un jeune homme de Mitsamiouli ayant participé aux opérations de secours. « Nous avons trouvé des hommes, des femmes, des enfants. Ils ont dit qu’ils croyaient être arrivés à Mayotte. Le passeur les a déposés sur un banc de sable à quelques mètres de la plage et là, ils avaient pied, explique-t-il. Ils ont voulu rejoindre le rivage alors que beaucoup ne savaient pas nager. L’eau est en fait devenue plus profonde. »
D’après James Tsok Bot, ces pertes de vie parmi des migrants débarqués aux Comores sont les premières enregistrées. « Cela montre vraiment l’aspect malheureux de ce mouvement qui est criminel », a accusé le représentant des Nations unies aux Comores.
Un rescapé de 25 ans a raconté aux médias sur place son parcours depuis la République démocratique du Congo (RDC). Il a quitté la région congolaise du Nord-Kivu, déchirée par un conflit opposant les forces de Kinshasa au groupe antigouvernemental Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda. Après trois jours à traverser une forêt, il dit avoir rejoint en car Dar es-Salaam, ancienne capitale tanzanienne située sur la côte, à 700 kilomètres des Comores. « Là-bas, on a pris un bateau. Le périple a duré sept jours. Au début nous étions dans la cale du bateau. On a très vite senti que le capitaine s’était perdu. A un moment, nous n’avions ni pain ni eau », a témoigné le survivant, qui a ensuite été interrompu par les forces de l’ordre.
En RDC, le M23 s’est emparé depuis fin 2021, avec le soutien du Rwanda et de son armée, de vastes parties de l’est de la RDC, région riche en ressources et ravagée par des conflits depuis plus de trente ans. Ayant choisi de rester français lors d’un référendum en février 1976, avant de devenir un département français en 2011, Mayotte est la destination de nombreux migrants dans cette zone. Près de la moitié de la population de Mayotte était étrangère en 2017, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques français.


