L’hôpital militaire de Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine), le 15 octobre 2012.

Un jeu avec des armes entre militaires lors d’une soirée alcoolisée vire au drame : leur camarade touché à la tête par un tir le week-end dernier est mort vendredi 20 février, ont annoncé l’état-major et le parquet de Paris, alors que trois soldats encourent la prison dans cette affaire.

« Profonde tristesse d’apprendre tôt ce matin le décès du brigadier Alexandre Lanckbeen, à l’hôpital militaire de Percy, des suites de ses blessures », écrit ainsi le gouverneur militaire de Paris, Loïc Mizon, sur X, en exprimant sa « compassion à l’égard de sa famille et de ses proches ».

Le chef d’état-major de l’armée de terre Pierre Schill a également présenté ses condoléances sur X à la « famille » et aux « proches et frères d’armes » du militaire, qui appartenait au 35e régiment d’artillerie parachutiste de Tarbes.

Alexandre Lanckbeen avait été hospitalisé après avoir été grièvement blessé dans la nuit de samedi à dimanche par un tir de pistolet d’un de ses camarades, au sein du détachement de soldats affectés à la garde de l’hôpital militaire de Percy.

Trois militaires ont été mis en examen à Paris dans cette affaire, dont l’un pour avoir tiré avec une arme sur la victime, avait appris l’Agence France-Presse (AFP) mercredi de sources proches du dossier, confirmées par le parquet de Paris. Dans la nuit de la Saint-Valentin, Alexandre Lanckbeen avait été atteint « d’un projectile de calibre de 9 mm à la tête », rapporte le ministère public.

Tous les militaires impliqués appartiennent au même régiment que lui, en mission Sentinelle en région parisienne, et étaient logés sur le site de Percy.

Une soirée interdite

Le parquet de Nanterre a d’abord ouvert une enquête avant de se dessaisir au profit de celui de Paris, parquet compétent car les mis en cause sont des militaires. En garde à vue, ces derniers ont expliqué avoir consommé de l’alcool lors d’une soirée le 14 février, « en dépit de la stricte interdiction de consommation d’alcool sur le site de l’hôpital des armées », a relevé le parquet.

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« Ils présentaient des taux d’alcoolémie entre 0,17 g/L et 2,5 g/L dans le sang » et plus précisément « 1,57 g/L pour le militaire soupçonné d’être le tireur », a ajouté le parquet. Les militaires ont alors « “joué” à tester la réactivité de chacun face à une arme tendue ».

Le parquet de Paris a été avisé vendredi du décès et les chefs d’accusation n’ont pas encore évolué. Benjamin D., mis en examen pour avoir tiré sur son camarade, est jusqu’ici poursuivi pour « violences avec arme suivie d’infirmité permanente », crime passible de 15 ans de réclusion criminelle. Il est également poursuivi pour « violation de consigne par consommation d’alcool », délit passible de deux ans d’emprisonnement.

« Mon client reconnaît être à l’origine du tir ayant blessé un de ses camarades » mais ce tir était « strictement accidentel », avait déclaré à l’AFP son avocat, Baptiste Bellet. « Mon client ignorait que l’arme était chargée », avait-il insisté, assurant que son client coopérerait « pleinement » à l’enquête.

Des accusations lourdes

Selon les éléments du parquet de Paris, l’armement collectif se trouvait dans une armoire forte, mais deux des militaires étaient « détenteurs d’une arme de poing ». Le responsable de groupe était allé se coucher en laissant la sienne sur la table.

Le juge des libertés et de la détention avait décidé de ne pas placer en détention provisoire le tireur. Le statut de militaire ne permet pas, par ailleurs, de placement sous contrôle judiciaire, a rappelé le parquet.

Deux autres militaires, Fabien B. et Mohamed C., sont également poursuivis jusqu’ici « pour blessures involontaires » et ce « par violation manifestement délibérée d’une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence ». Ce délit est passible de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Les deux hommes sont aussi mis en examen pour « modification de l’état des lieux d’un crime ou délit pour faire obstacle à la manifestation de la vérité », ce qui sous-entend une scène du drame maquillée, délit passible de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. On leur reproche également une « violation de consigne par consommation d’alcool », délit passible de deux ans d’emprisonnement. Il est également reproché à Mohamed C. une « violation de consigne par arme de service non sécurisée », délit passible de deux ans d’emprisonnement.

Le Monde avec AFP

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