Yto Barrada, dans son atelier, aux côtés de Myriam Ben Salah, la commissaire du pavillon français de la Biennale de Venise, à Paris, en février 2026.

Le pavillon français s’annonce cette année comme un conte philosophique et psychanalytique sous le signe de la mythologie, du merveilleux et de la polysémie. « Comme Saturne », le titre choisi par la photographe et plasticienne franco-marocaine Yto Barrada, renvoie au Saturne dévorant un de ses fils (1819-1823), l’une des saisissantes « peintures noires » de Goya.

Dans cet épisode de l’ère des Titans, Saturne/Cronos, divinité liée au concept du temps, tente de déjouer l’oracle qui lui a prédit qu’il serait détrôné par ses propres fils en dévorant ses six enfants. Sa femme réussit à lui cacher son dernier-né, Jupiter/Zeus, le remplaçant par un leurre, tandis que celui-ci sera recueilli par une nymphe prenant l’apparence d’une chèvre, Amalthée, pour le nourrir, avant de revenir se venger.

« Saturne, c’est une manière de prendre de la hauteur pour parler de choses très terre à terre, personnelles et difficiles. Saturne est obligé de manger tous ses enfants pour ne pas être remplacé, il y a l’idée de passage des générations et de sacrifice », explicite l’artiste, qui tire du titre du tableau le fil de la dévoration. « “Dévoré” est un beau mot qui fait référence à Goya, et j’ai eu l’idée de travailler sur le dévoré, une technique d’ennoblissement textile de velours : on enlève une partie de la fibre d’un tissu mixte, avec un dévorant, un acide, pour créer un motif en transparence. »

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